Après la lourde défaite de la gauche aux municipales, consciente de ma responsabilité en tant qu’élue de la majorité, j’ai fait le choix  avec 80 de mes collègues députés, d’adresser une proposition pour un nouveau contrat de gouvernement  à notre Premier ministre. Ce texte insistait sur la nécessité d’une réorientation européenne, d’affectation  des moyens publics sur la création réelle d’emplois, de mesures favorables au pouvoir d’achat, d’engagement rapide dans la transition écologique et de régulation effective des activités financières et bancaires comme nous nous étions engagés à le faire devant nos électeurs.

Ce texte proposait également  de revoir  le contenu  et les conditions de mise en place du contrat de responsabilité souhaité par  le Président de la république en insistant sur l’importance d’associer le Parlement à son élaboration. Ce texte rappelait enfin que la confiance ne pouvait être automatique, que le Parlement n’était pas une chambre d’enregistrement.

Le Premier ministre, Manuel Valls, nous a clairement et honnêtement répondu  que son projet était celui du président et qu’il n’y aurait pas de changement d’orientation de politique tel que nous le souhaitons. Nous avons alors à nouveau échangé collectivement,  sur la conduite à tenir. Quel qu’ait été notre vote final, nous avons été nombreux à hésiter. En effet, ne pas voter la confiance n’est pas un acte anodin et la voter a également une signification.

Nous avons pris notre décision avec gravité, hésitation mais en pleine conscience. Comme dix autres députés, j’ai fait le choix douloureux de m’abstenir. Par cette abstention, j’ai voulu  exprimer non pas ma défiance  envers le  gouvernement mais lui signifier mon inquiétude et ma vigilance.

Au moment où les électeurs doutent de la parole de leurs élus et s’éloignent de la politique, c’est finalement une certaine obligation de cohérence envers eux, qui m’a empêchée de faire comme si  » tout allait bien » alors que  nous n’avons pas réellement pris en compte le message  qu’ils nous ont adressé après cette défaite historique.

Je continuerai quant à moi d’agir  avec mes collègues au sein de la majorité gouvernementale pour porter les orientations que je crois nécessaire à la réussite de la gauche et du bien commun des habitants de notre pays.

Au-delà de nos votes respectifs, nous avons décidé de poursuivre  notre démarche collective dans l’intérêt de nos concitoyens. C’est ce que nous avons explicité dans ce texte que je vous invite à lire.

« Le 5 avril, au lendemain d’une défaite historique de la gauche, nous avons rendu public un appel baptisé « Les conditions de la confiance. Pour un nouveau contrat de majorité », immédiatement approuvé par une centaine de parlementaires.

Cet acte inédit, précédant une déclaration de politique générale, témoigne de notre ferme volonté de redonner de la vitalité au Parlement. La défiance populaire des derniers mois réclame des réponses nouvelles. Nous avons présenté des propositions précises, pour nous rassembler et retrouver la fierté et le sens de l’action collective.

En conscience, beaucoup d’entre nous ont choisi de participer à l’investiture du nouveau Gouvernement. D’autres ont choisi l’abstention. Nous restons solidaires dans une démarche collective. Ni chèque en blanc, ni agitation stérile, notre objectif est bien de construire confiance et vigilance.

Nous confirmons qu’après ce vote d’investiture, nous ne saurions adopter le pacte de responsabilité en l’état.

Nous ferons des contre-propositions et des amendements pour concentrer les marges de manœuvre de la France en priorité sur celles des entreprises qui embauchent, investissent, forment leurs salariés ou se battent dans la compétition mondiale et pour que la gestion sérieuse des comptes publics soit fondée sur une meilleure organisation du pays et pas sur un recul des protections sociales et des services publics.

À l’avenir, cette démarche collective va se poursuivre et s’amplifier, avec la même détermination et les mêmes buts. Chaque semaine, nos votes en témoigneront. »