Comme je l’ai fait le 31 juillet dernier pour l’agriculture, j’ai consacré la totalité de ma journée de vendredi 29 novembre à la forêt et à la filière bois afin de rencontrer un grand nombre d’acteurs sur le terrain, dans le Doubs.

Cette journée avait pour objectif de me faire mieux appréhender cette filière, ses intervenants et leurs problématiques dans une région qui est l’une des premières en la matière avec un taux de boisement de 44 % (moyenne nationale : 29,2 %) pour 720 000 hectares.

La période pour ces visites sur le terrain coïncide également avec les discussions sur le projet de loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, sur lequel je travaille et qui comporte un volet spécifique consacré à la sylviculture.

La journée a été divisée en deux parties. Le matin a été consacré à l’amont de la filière, à travers la forêt publique et la forêt privée. L’après-midi m’a permis de rencontrer plusieurs acteurs de l’aval, autour de la première transformation du bois.

Journée de visites en forêtC’est ainsi que je me suis rendue à Moncley, au nord de Besançon, pour visiter deux parcelles de forêts communales (l’une appartenant à la commune de Sauvagney et l’autre à l’une des communes membres du syndicat intercommunal de gestion forestière des Grands Bugnoz) avec l’aide et les explications de l’ONF, des Communes forestières et des élus concernés. J’ai été familiarisée avec les questions de régénération des parcelles de feuillus après les coupes, afin de préparer au mieux le terrain et d’adapter les plants au contexte local et aux potentialités en termes de production de bois dans les décennies à venir.

La forêt est un écosystème à part où l’on ne raisonne pas sur des cycles de récolte annuelle ou triennales, mais sur des pas de temps de 60 à 150 ans selon les essences. C’est un aspect fondamental de la gestion sylvicole qui impose de ne pas se tromper dans les choix opérés.

Une large part de nos discussions a porté sur l’adaptation de la forêt au changement climatique, qui se traduit par une nécessaire anticipation afin de faire évoluer les essences d’arbres à planter. A titre d’exemple, les forêts locales qui étaient constituées de chêne pédonculé évoluent progressivement au fil des coupes, grâce à l’intervention de l’homme, vers du chêne sessile.

Journée de visites en forêtJ’ai poursuivi la matinée en me rendant à Goux-les-Usiers, dans le Haut-Doubs à une dizaine de kilomètres de Pontarlier, pour échanger autour de la forêt privée, en compagnie du CRPF (centre régional de la propriété forestière), du syndicat des Forestiers privés de Franche-Comté et de représentants de deux coopératives de gestion. Il a été plus particulièrement question des contraintes liées aux périodes d’exploitation des bois et des réglementations diverses qui peuvent constituer une lourdeur dans la gestion d’une forêt déjà complexe car constituée de parcelles de petite taille avec un grand nombre de propriétaire. Les enjeux de gestion des populations de gibiers ont également été abordés.

Ces échanges intéressants m’ont permis de mieux cerner les particularités de la forêt privée et de voir dans quelle mesure la loi d’avenir agriculture, alimentation et forêt peut être améliorée.

Enfin, l’après-midi, j’ai pu visiter la scierie Solibois à Levier et voir les installations de Haut-Doubs Pellets ainsi que la plateforme de stockage de Bois et connexes de Franche-Comté. Avec les présidents des syndicats de scieurs de résineux et de feuillus de Franche-Comté, ainsi que plusieurs membres et l’ADIB Franche-Comté (interprofession de la filière forêt bois), nous avons mené une discussion à bâtons rompus particulièrement instructive.

Visite de la scierie Solibois à LevierSans revenir ici dans les détails de ces échanges qui ont duré plus de deux heures, il est possible de noter plusieurs points principaux de préoccupation pour les scieurs : l’approvisionnement de leurs scieries rendu trop aléatoire et fluctuant à cause de mode de commercialisation des bois à faire évoluer vers davantage de contractualisation, les craintes face au projet de grande unité ERSCIA dans la Nièvre, l’adéquation entre le tissu actuel de petites et moyennes scieries dans la région et la ressource en bois locale, la compétitivité de leurs entreprises dans un secteur concurrentiel avec les pays de l’Est de l’Europe et l’Asie où la sylviculture n’est pas la même, les relations complexes entre les différents acteurs de la filière…

En une journée, il est difficile d’avoir un panorama complet d’une filière. Aussi, j’aurai à cœur au cours des mois à venir, de poursuivre ces échanges et ces rencontres, en prenant le temps pour aborder le fond des sujets. Ces moments sont importants parce que, en même temps qu’ils participent de ma connaissance plus fine de ces sujets, ils permettent d’être en relation direct avec les acteurs sur le terrain afin d’évaluer leurs besoins, les opportunités en termes d’évolutions législatives et les enjeux des décennies à venir.

Quelques chiffres clés sur la forêt et la filière bois en Franche-Comté

La Franche-Comté est l’une des premières régions les plus boisées de France. Cette filière bois a donc une importance, elle aussi, toute particulière pour l’ensemble de notre territoire.

  • 44 % de taux de boisement (29,2 % en moyenne nationale)
  • 720 000 hectares (4,6 % de la surface boisée nationale)
  • 72 % de la surface est constituée de feuillus (essence principale : le chêne)
  • 28 % de la surface est constituée de résineux (essences principales : l’épicéa et le sapin, qui va gagner du terrain avec le réchauffement climatique)
  • 25 % environ de territoire régional présente un intérêt environnemental marqué (Natura 2000 : 15,4 % de la région)
  • 55 % de la forêt comtoise est publique (moyenne nationale : 29,9 %), essentiellement communale
  • 45 % de la forêt comtoise est privée et très très morcellée
  • 5 millions de mètres cubes : production biologique des forêts de la région mais récolte annuelle de 3,5 millions (d’où des marges de manœuvre)
  • 3 200 établissements dans la filière forêt-bois en Franche-Comté
  • 13 000 emplois environ dans la filière bois en Franche-Comté (5e employeur industriel de la région)
  • 1e région française en nombre d’entreprises et de salariés travaillant en première transformation du bois (sciage, emballage, panneaux)
  • 151 scieries produisant 1 million de mètres cubes de sciages (dont 800 000 de résineux)