La période des vœux est aussi celle où l’on prend le temps de réfléchir à ce qui compte pour nous, à ce qui a de la valeur dans notre vie personnelle. L’année 2015 pourrait nous le permettre collectivement.

Cela impliquerait de prendre en considération d’autres critères que ceux du seul produit intérieur brut (PIB) pour mesurer le progrès, car ses limites sont essentielles. D’abord, le PIB totalise ce qui se vend et s’achète, ainsi que la contribution des administrations publiques, sans se demander si cela contribue au bien-être. Par exemple, les catastrophes naturelles font augmenter le PIB en raison des réparations que les dégâts exigent. Pourtant la vie a été dégradée, des constructions ont été détruites, il y a parfois même eu des morts. Ensuite, le PIB ne prend pas en compte la répartition des richesses créées. Ainsi, le PIB – ce que l’on considère être la richesse – peut augmenter et être reparti de façon très inégalitaire. Une croissance du PIB peut donc masquer une dégradation de la situation des plus fragiles et un enrichissement des riches. Enfin, le PIB ne prend pas en considération les stocks dans lesquels il faut puiser pour assurer la production. Il ne rend donc pas compte de l’épuisement des ressources naturelles liées à nos modes de consommation. Le PIB est donc un indicateur de court terme qui ne dit rien de la soutenabilité de notre modèle, tant d’un point de vue écologique que social et humain. Le PIB ne dit rien de la possibilité pour un modèle de développement de promouvoir la vie. D’où la nécessité d’en prendre d’autres en considération.

Les Nations unies et l’OCDE ont travaillé sur de nouveaux indicateurs, le plus connu étant l’indice de développement humain (IDH). En France, Dominique Méda, Jean Gadrey, Florence Jany-Catrice et Patrick Viveret ont permis de faire encore des progrès avec l’indice de santé sociale, une nouvelle version de l’indice de développement humain et de l’empreinte écologique. Récemment, France Stratégie – l’ancien commissariat général du Plan – a publié une note proposant d’adopter sept indicateurs pour mieux mesurer la qualité de la croissance. Ces indices sont utilisés, notamment, par l’Insee, mais restent secondaires dans l’évaluation des politiques publiques. Néanmoins, la mise en place de ces nouveaux indices va apparaître d’autant plus importante qu’une croissance nulle ou faible de façon durable est le scénario le plus probable. Ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle dans la mesure où l’on répartit plus justement les richesses et que les ressources naturelles sont utilisées de façon respectueuse.

Barbara Romagnan

Chronique publiée dans L’Humanité le 5 janvier 2015