L’image de Manuel Valls, premier ministre, socialiste, aux côtés de Christian Estrosi et Éric Ciotti, éminents « Républicains », refusant une répartition entre pays européens des demandeurs d’asile, ainsi que l’évacuation récente du camp de migrants de Paris dans des conditions pour le moins discutables, ne me semblent pas dire de belles choses de la France dans son rapport aux étrangers. Dans ce contexte, l’adoption de la proposition de loi portée par Dominique Raimbourg, député socialiste de Loire-Atlantique, sur les gens du voyage fait du bien. Les gens du voyage ne sont pas des étrangers, mais sont souvent considérés comme tels, confondus qu’ils sont avec les Roms.

Les premiers sont entre 350 000 et 400 000, français depuis le XVe siècle et attachés à l’itinérance, alors que les Roms, environ 20 000 en France, principalement roumains ou bulgares, sédentaires dans leurs pays d’origine, migrent pour fuir les discriminations. En tout état de cause, notre rapport aux gens du voyage me semble dire quelque chose de notre rapport à l’autre, celui qui n’est pas comme nous, celle qui ne vit pas comme nous. Créée par la loi du 3 janvier 1969, la catégorie des « gens du voyage » désigne les personnes vivant plus de six mois par an en résidence mobile terrestre, et âgées de plus de seize ans. Ce statut particulier pour ces citoyens pourtant français les contraint, jusqu’à présent, à avoir sur eux un livret de circulation à jour sous peine d’amende. Ces livrets ou carnets de circulation évoquent des souvenirs douloureux. En effet, le carnet anthropométrique (ancêtre plus contraignant et contestable de l’actuel carnet) a facilité le travail du régime de Vichy pour les enfermer dans des camps de concentration.

La proposition de loi, adoptée il y a quelques jours à l’Assemblée nationale, permet la suppression de ce livret de circulation, renforce le pouvoir des préfets pour la construction des aires d’accueil et facilite les expulsions en cas d’occupation illicite de terrain des communes ayant rempli leurs obligations en matière d’infrastructures d’accueil. En effet, les lois Besson de 1990 et 2000 obligent chaque commune de plus de 5 000 habitants à se doter d’un terrain pour les gens du voyage, mais quinze ans plus tard, seules 27 000 aires d’accueil ont été construites alors qu’il devrait en avoir 40 000. Enfin, la loi supprime l’obligation de trois ans de rattachement ininterrompu à la même commune pour avoir le droit de voter, comme c’était le cas jusqu’alors. Ainsi, cette proposition de loi œuvre à faire vivre ensemble des gens différents, dimension essentielle de l’activité politique.

Barbara Romagnan

Chronique publiée dans L’Humanité le 15 juin 2015