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Démantèlement des centrales nucléaires : mon rapport pointe des difficultés techniques et financières

J’ai présenté ce mercredi 1er février à la commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, mon rapport sur la faisabilité technique et financière du démantèlement des installations nucléaires. Ce rapport conclut les travaux de la mission d’information présidée par Julien AUBERT, député Les Républicains du Vaucluse, et dont j’étais la rapporteure, après plus de 7 mois de travaux ayant permis l’audition de 70 personnes et plusieurs déplacements en France et aux États-Unis.

La question du démantèlement des installations nucléaires se pose avec d’autant plus d’acuité qu’une importante partie du parc français arrivera bientôt à la fin de sa durée d’exploitation initialement prévue, c’est-à-dire 40 ans. Et ce démantèlement est inéluctable, que l’on souhaite ou non poursuivre la production d’énergie nucléaire parce qu’il ne sera pas possible d’allonger indéfiniment la vie des centrales dont certaines connaissent déjà des difficultés. Et ce, alors même qu’a été voté en 2016 la loi de transition énergétique pour une croissance verte qui prévoit de diminuer la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75 % à 50 % à l’horizon 2025.

Je me suis d’abord attachée à évaluer la faisabilité technique du démantèlement, qui n’est pas entièrement maîtrisée. En effet, EDF a décidé unilatéralement du report à 2100 de la fin du démantèlement des réacteurs graphite-gaz (UNGG), pourtant arrêtés depuis plus de 20 ans, en raison de difficultés techniques qui ne sont pour l’instant pas surmontées. De même, d’autres installations comme la centrale de Brennelis ou certains réacteurs comme Superphénix voient leur durée et leur coût de démantèlement considérablement augmenter par rapport aux prévisions initiales. La gestion des déchets radioactifs issus du démantèlement n’est pas réglée non plus, tant les volumes attendus sont considérables et les solutions techniques encore en cours de recherche, comme en témoigne le projet d’enfouissement Cigéo à Bure (Marne).

Au-delà de la faisabilité technique, je souhaite formuler une alerte sur le coût du démantèlement qui risque d’être supérieur aux prévisions actuelles. Les exploitants européens provisionnent entre 900 millions et 1,3 milliard d’euros pour le démantèlement d’un réacteur, alors qu’EDF ne provisionne que 350 millions d’euros. Il faut cependant noter que ces comparaisons sont rendues difficiles car les pays n’incluent pas les mêmes opérations dans le démantèlement. Il est également vraisemblable qu’EDF pourra obtenir des économies d’échelle du fait de l’importance et de la standardisation de son parc. Toutefois, l’électricien ne parvient pas à chiffrer précisément ces économies. Surtout, EDF ne prend pas en compte plusieurs éléments dans son évaluation financière comme la gestion du combustible usagé, le coût social éventuel et la remise en état des terrains (le « retour à l’herbe ») ainsi que les taxes et assurances.

Enfin, j’ai noté qu’en plus de prendre des hypothèses qui lui sont toujours favorables pour évaluer les coûts du démantèlement – y compris par rapport aux autres pays comparables qui sont plus avancés dans ce domaine –, EDF provisionne probablement insuffisamment les coûts du démantèlement. Cette insuffisance probable porte sur plusieurs aspects :

  • le taux d’actualisation (s’apparentant au taux d’intérêt des provisions, fixé par l’État) qui est le plus élevé d’Europe ;
  • des actifs financiers dédiés non liquides (50 % des actifs de sa filiale RTE) ;
  • une stratégie d’allongement de la durée de vie des centrales, à travers un « Grand carénage » de 74 milliards d’euros, qui est hasardeuse puisque l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) n’a pour l’instant pas donné son accord.

Pour toutes ces raisons, il me semble nécessaire de rediscuter en profondeur de la stratégie de démantèlement, tant sur le plan financier que technique. Les enjeux sont colossaux par les coûts induits et eu égard aux effets que pourrait produire un démantèlement mal conduit ou inachevé. L’optimisme dont fait preuve EDF dans l’ensemble des aspects du démantèlement en prenant en compte systématiquement les hypothèses les plus favorables m’apparait dangereux pour l’avenir et fait craindre dans les années prochaines une contribution financière plus forte de l’État et donc, des contribuables.

La mission a donc eu le souci de produire des recommandations ciblées, notamment revoir les règles de prévisions des coûts du démantèlement, établir un agenda prévisionnel des réacteurs à démanteler, accélérer le démantèlement des réacteurs UNGG. Je pense également qu’il est indispensable de faire de la question nucléaire, de son avenir et du démantèlement du parc existant, un enjeu de débat citoyen et pas seulement un sujet technique laissé aux mains des seuls experts.


Voici une sélections d’articles de journaux traitant du rapport que j’ai remis :

Alternatives économiques - « Nous avons construit les réacteurs nucléaires sans nous poser la question de leur fin »

Libération - Réacteurs nucléaires : EDF épinglé pour avoir sous-estimé le coût du démantèlement

Le Monde - EDF sous-estime le coût du démantèlement nucléaire, selon un rapport parlementaire

L’Obs - Démanteler les centrales nucléaires : un coût atomique !

Les Echos - Nucléaire : EDF aurait sous-estimé le coût du démantèlement

France inter - Démanteler le nucléaire français, combien ça coûte ?

Reporterre - Le démantèlement des centrales nucléaires est mal engagé et sera très coûteux

France info - EDF sous-estime dangereusement le coût du démantèlement des centrales nucléaires françaises

L’EnerGEEK - Démanteler une centrale nucléaire, comment ça marche ?

France Bleu - « J’appelle à un débat citoyen sur le démantèlement des centrales nucléaires »

L’Humanité - Un rapport sur le démantèlement des centrales nucléaires à contre-courant des estimations d’EDF

Challenges - Démantèlement nucléaire : « Rien ne s’est passé comme prévu »

France 3 - Démantèlement nucléaire: Barbara Romagnan (PS) et Julien Aubert (LR) pointent l’excès d’optimisme d’EDF

Cet article comporte 3 commentaires
  1. Bonjour et merci pour votre Travail.
    Juste un petit commentaire concernant « le compte pénibilité », projet qui part d’une très bonne intention, mais qui comme beaucoup de bonnes idées , sombre dans la complexité au moment de sa mise en place .
    Complexité qui alimente le moulin des opposants ,puisque ce n’est pas réaliste dans certains cas.
    La simplicité est-elle une utopie dans l’élaboration d’une loi ?
    C’est pourtant, me semble t-il , la condition indispensable à son respect.
    Bon courage.

  2. Les engagements financiers d’EDF relèvent du passage en force et nous engage vraiment au delà du raisonnable. De plus ils conditionnent pour 20 - 30 ans, une vision de la politique énergétique.
    Cette sous estimation des coûts du démantelement, plus les engagements financiers d’EDF dans les EPR en construction (1) placent EDF dans une situation financière très risquée. EDF semble jouer sur le « too big too fail » et pourra t-on laisser tomber EDF ?
    Il y a déjà eu des expériences malheureuses avec le surgénérateur…., les mêmes mécanismes d’erreur sont à l’oeuvre.
    Bref EDF nous impose des trucs tout à fait inacceptable. Il est grand temps que ça change.

    (1)jusqu’à présent, on n’a pas réussit à mettre un EPR en marche : plus de 10 ans de retard en Fnlande, plus de 5 à Flamanville, des coûts fois 3 à fois 6….. . Le directeur financier d’EDF qui s’opposait au projet d’EPR en Angleterre a démissionné…. il ne voulait pas cautionner un tel risque financier pour EDF….

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