Archives pour décembre, 2015

Donnons-nous les moyens de vivre ensemble

Quels que soient les résultats du second tour des élections régionales, ceux du premier tour sont très clairs. Ils ne sauraient être gommés par des victoires de la gauche ou l’évitement de présidences FN dans telle ou telle région. Partout en France, l’abstention est majoritaire et très largement en tête. Quant à ceux qui continuent à se rendre aux urnes, près de 30 % d’entre eux, d’entre nous donc, choisissent le FN. Ainsi, parmi ceux qui veulent encore prendre part à ce moment de démocratie, la majorité, relative, mais la majorité quand même, choisit l’extrême droite. Plus encore, parmi les jeunes, qui s’abstiennent plus que la moyenne de la population, l’extrême droite est encore plus haut.

Ce constat n’est pas nouveau et ne cesse de s’amplifier au fil des élections, comme on l’a vu ces dernières années aux élections municipales, européennes, puis départementales ; et plus largement comme on le voit depuis plusieurs décennies. Alors si l’on veut que ce parti, profondément contre l’égalité, qui hiérarchise les êtres humains selon leur culture, leur origine, leur sexe, leur religion, cesse d’incarner l’avenir pour une majorité de la population, singulièrement la jeunesse, il nous faudra faire davantage que culpabiliser ses électeurs et ceux qui ne se rendent plus aux urnes.

Sans doute serait-il opportun de commencer par arrêter de servir la soupe à ceux que l’on dit combattre en cessant de reprendre leurs propositions, qu’il s’agisse de la déchéance de nationalité, du rejet des migrants. Ces propositions valident l’idée que les êtres humains ne sont pas tous égaux, qu’une partie de l’humanité est inférieure et constitue une menace. Après l’avoir accepté pour une partie de la population on est mûrs pour l’accepter pour une autre, puis une autre, jusqu’à ce qu’il soit trop tard, comme les plus âgés d’entre nous l’ont déjà vécu.

La France est une nation arc-en-ciel, comme le disait Nelson Mandela de l’Afrique du Sud, son pays, en proie à l’apartheid. C’est notre richesse, jusqu’à il y a peu c’était aussi notre fierté. Il n’est pas trop tard. Surtout, donnons-nous les moyens de vivre ensemble, parlons de ce que nous avons en commun. Trouvons des solutions pour que chacun puisse être logé dignement, travailler, comme le font avec succès nombre d’associations. Associons-nous pour prendre en main l’avenir de la planète sur laquelle nous vivons tous, car nous n’en avons pas d’autre. Nous en avons les moyens. Recommençons tout. Prenons en considération et partageons toutes ces expériences heureuses et efficaces qui donnent du sens à notre vie parce qu’elle l’améliore et améliore celle des autres, parce qu’elles nous enrichissent de relations, de liens, plus que d’objets ou d’argent.

Barbara ROMAGNAN

Chronique publiée dans L’Humanité du 14 novembre 2015

Vulnérables aux changements climatiques

Le bureau des Nations unies pour la ­réduction des risques de catastrophes présente une étude récente, portant sur 141 pays, qui a établi que les femmes mouraient davantage que les hommes à la suite d’aléas naturels et que cette disparité était fortement liée à l’infériorité de leur statut socio-­économique. Par exemple, plus de 70 % des personnes décédées suite au tsunami en Asie étaient des femmes, notamment parce qu’elles sont beaucoup plus nombreuses à ne pas savoir nager.

Dans les sociétés où les femmes sont confinées dans l’espace privé, les compétences de survie sont en effet davantage enseignées aux garçons qu’aux filles. De plus, l’information nécessaire leur arrive plus tardivement. En de nombreux endroits, les hommes travaillent en ville, alors que les femmes sont seules à la maison éloignées des centres. Ainsi, quand une catastrophe se produit, elles ne sont pas au courant et apprennent souvent trop tard qu’elles auraient dû ­partir pour se protéger. Le dénuement résultant du dérèglement climatique peut conduire à la déscolarisation des filles et à un mariage plus précoce. Après l’ouragan au Bangladesh, les familles du village de Barguna ont décidé de marier plus ­rapidement leurs filles en raison de leur pauvreté. 50 % des filles ont ainsi quitté l’école. Dans les villages plus éloignés, ce phénomène a touché plus de 70 % d’entre elles. La sécheresse, les inondations, l’érosion, la fonte des glaciers, la salinisation des eaux et l’élévation du niveau des mers ont des impacts particulièrement dommageables : sols moins fertiles, baisse des rendements agricoles, manque d’eau potable et baisse des ressources halieutiques. Les femmes, souvent secondées par les jeunes filles, déscolarisées, se chargent de façon quasi exclusive des tâches ménagères comme aller chercher de l’eau et du bois. Or la ­raréfaction de ces ressources les oblige à aller toujours plus loin, augmentant ainsi leur temps de travail et diminuant du même coup celui qui leur reste pour effectuer des activités rémunérées.

Malgré cela, rares sont les politiques et les initiatives de lutte contre les dérèglements climatiques qui prennent en compte le fait que les femmes sont davantage et plus durement affectées que ne le sont les hommes.

C’est regrettable, pourtant cela n’empêche pas que les femmes sont malgré tout des actrices majeures de la lutte contre le changement ­climatique. Elles seront d’autant plus efficaces qu’elles pourront s’autonomiser et être en pleine possession de leurs droits.

Barbara Romagnan

Chronique publiée dans L’Humanité le 7 décembre 2015