Archives pour octobre, 2015

Effondrement

L’année 2014 a été la plus chaude jamais enregistrée et les émissions mondiales de CO2 n’ont cessé d’augmenter. Pour limiter à 2 °C l’augmentation de la température moyenne de la Terre à la fin du siècle, il faudrait que, dès 2020, dans quatre ans, les émissions décroissent rapidement. En effet, on sait qu’au-dessus de 2 °C de réchauffement moyen, les impacts sur notre environnement et sur les activités humaines seront catastrophiques : les catastrophes climatiques seront plus fréquentes et plus intenses, le niveau de la mer augmentera de telle façon que des territoires seront ensevelis, le rendement agricole baissera alors même que la population augmentera.

C’est peu de dire que les engagements pris par les États, en l’état actuel de l’avancement de la conférence de Paris, ne sont pas rassurants. Rester en dessous des 2 °C est certes toujours concevable, mais certainement pas le plus probable. Alors peut-être faut-il envisager l’« effondrement », comme le font Pablo Servigne et Raphaël Stevens, auteurs de Comment tout peut s’effondrer, ce qu’ils définissent comme un « processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie) ne sont plus fournis à un coût raisonnable à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ».

Il ne s’agit pas d’un livre pessimiste, plutôt un ouvrage qui fait en sorte de prendre acte de la situation, plutôt que d’être dans le déni et de se bercer d’illusions. L’effondrement n’est pas la fin du monde, ne serait-ce que parce que ce processus irréversible durera sans doute longtemps.

L’idée est que les stratégies préventives n’ayant pas été mises en œuvre quand cela aurait été nécessaire pour éviter la catastrophe, il faut réfléchir et s’organiser pour que les conséquences soient les moins lourdes possibles, pour que le désespoir et la lutte sauvage de tous contre tous ne prennent pas le dessus. Ils ne se demandent donc pas comment éviter l’effondrement, mais comment le traverser le plus humainement possible.

Il s’agit de renoncer à l’avenir tel que nous nous l’étions imaginé, de renoncer à des rêves que nous avions depuis longtemps pour nous, nos proches. Il s’agit de faire le deuil de ce dont nous serons privés en raison de ces catastrophes qui sont déjà en train d’avoir lieu.

C’est violent, mais peut-être est-ce la condition pour ouvrir d’autres horizons, qui peuvent être heureux.

C’est peu de dire que les engagements pris avant 
la conférence 
de Paris par 
les États ne sont pas rassurants.

Barbara ROMAGNAN

Chronique publiée dans l’Humanité le 26 octobre 2015

Quelle « violence » des « voyous » d’Air France ?

Le 6 octobre, Manuel Valls a qualifié de « voyous » les salariés d’Air France qui ont arraché la chemise du DRH du groupe. Que le premier ministre apporte son soutien à la victime de ces violences est compréhensible. Rien d’anormal non plus à ce qu’il condamne toute violence en rappelant qu’elle n’est jamais une solution. On peut cependant s’étonner de l’entendre le faire depuis l’Arabie saoudite, où il venait de conclure des contrats à hauteur de 10 milliards d’euros – un pays qui a exécuté depuis le début de l’année 135 personnes. Si l’on appelle « violence inqualifiable » les événements d’Air France, que reste-t-il pour désigner la peine de mort ou la répression de la liberté d’expression ?

La France, qui se dit pays des droits de l’homme, a choisi de condamner les pratiques qui s’opposent aux valeurs qu’elle entend défendre. Si l’on veut que ce choix soit crédible, il faudrait, par souci de cohérence, d’une part, s’abstenir de commercer avec les pays qui violent ces principes de la façon la plus manifeste, d’autre part, et en l’occurrence, éviter de condamner depuis leur sol des violences, certes regrettables, mais sans commune mesure avec ce qui se pratique en Arabie saoudite. De plus, si les gestes violents de quelques salariés d’Air France sont condamnables, ils peuvent s’expliquer. Dans cette affaire, la première des violences est celle que vivent les 2 900 salariés dont l’emploi est menacé – et avec leur emploi, l’ensemble de ce qui leur permettait de construire et de vivre leur vie.

Mais si l’on condamne l’action de quelques-uns des salariés d’un groupe dont l’équilibre a été, ces dernières années, très profondément déstabilisé, on doit simultanément reconnaître que le système économique dans lequel nous vivons engendre une concurrence permanente de tous contre tous, et par cela même une violence sociale considérable. Beaucoup des dirigeants d’entreprise ne perçoivent sans doute même pas cette violence, jusqu’au jour où ils se trouvent directement confrontés aux réactions qu’elle suscite. Par conséquent, qualifier de « voyous » ceux qui, en défendant leurs emplois et ceux de leurs collègues, ont sans doute cédé au désespoir et à l’exaspération, c’est oublier qu’ils s’inscrivent dans un combat syndical qui est parfois une lutte pour la survie. C’est également faire un amalgame insupportable. Comme si ces hommes étaient de la même espèce que les vrais « voyous », ceux qui, chefs de bande armée, chefs de clan mafieux, chefs d’entreprise malhonnêtes, chefs d’État corrompus, règnent par la violence et par la peur. On n’attendait pas cela d’un premier ministre socialiste.

Barbara ROMAGNAN

Chronique publiée dans L’Humanité le 19 octobre 2015

Une campagne de contestation de la ministre de la Justice

La semaine dernière, deux hommes ont cambriolé un entrepôt de livraison de bijoux à Saint-Ouen, puis ont été pris en chasse par des policiers, dont l’un a été grièvement blessé. L’un de ces deux hommes purgeait une peine de six ans d’incarcération depuis 2011 pour vols aggravés. Il avait profité d’une permission le 27 mai pour s’évader. Des syndicats de policiers ont exprimé leur colère, bien compréhensible et légitime, suite à l’agression d’un des leurs.

Mais cet événement ne justifie pas la campagne de contestation de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, et de l’individualisation des peines à laquelle se livrent aujourd’hui certains.

En effet, la permission de sortie avait été accordée, comme le veut la procédure actuelle, par le juge d’application des peines, en mai 2015. Il s’agissait alors de permettre au détenu d’effectuer des formalités administratives suite au décès de son père. Il n’est donc ici nullement question de politique pénale générale et encore moins d’aménagement de peine puisqu’il était bien prévu que le détenu purge sa peine jusqu’à son terme, en janvier 2018. Les textes qui régissent les possibilités d’accorder des permissions de sortie n’ont pas été modifiés depuis 2004. Ce sont ces textes qui sont appliqués par les juges.

Cela n’exonère pas de s’interroger et éventuellement de revoir la législation en la matière. C’est ce que propose la garde des Sceaux avec l’enquête en cours. Néanmoins, il faut bien avoir conscience que le travail du juge d’application des peines consiste à permettre une exécution de la peine la plus individualisée et efficace possible. Il s’agit de trouver un équilibre entre l’intérêt pour la société à ce que la personne renoue avec sa famille, son travail, et l’intérêt pour la société à empêcher toute sortie. Pour cela le juge prend en compte de nombreux éléments concernant la biographie, le casier, le comportement en détention, les projets…

La protection de la société peut exceptionnellement passer par le fait d’interdire toute sortie à un détenu, mais on sait, de longue date, que ce sont les sorties sèches qui, de beaucoup, accroissent le risque de récidive. Libérer progressivement les personnes, en leur permettant de se réadapter, est de loin préférable.

Barbara ROMAGNAN

Chronique publiée dans L’Humanité du 12 octobre 2015

La droite veut revenir sur plusieurs avancées sociales pour les salariés

Assemblée nationaleCe jeudi 8 octobre, l’Assemblée nationale examinait plusieurs propositions de loi émanant de députés membres du groupe « Les Républicains ». C’est ce qu’on nomme une « niche » parlementaire, attribuée presque tous les jeudis, de façon tournante, aux différents groupes politiques qui en fixent le contenu.

L’une des propositions de loi de ce jeudi vise, selon ses auteurs du groupe « Les Républicains », « à supprimer les freins au développement des entreprises posés depuis 2012 ». Un intitulé qui cache mal, en réalité, la volonté farouche de la droite de revenir sur quelques-unes des avancées sociales pour les salariés de notre pays. Des avancées qui, dans la plupart des cas, sont d’ailleurs le fruit du dialogue social.

Ainsi, il était proposé de supprimer purement et simplement le « compte pénibilité » qui permet aux salariés exposés à des travaux pénibles de bénéficier de points comptant pour la retraite ou des compensations. Ce compte présentait des difficultés de mise en œuvre dans certaines situations a été depuis simplifie. Sans ce « compte pénibilité » voté en 2014, on reviendrait au dispositif de 2010 qui abordait la pénibilité sous le seul critère de l’incapacité et ne concernait donc que 5000 à 7000 personnes.  Je regrette d’ailleurs que le Gouvernement ait reporté au 1er juillet 2016, l’entrée en vigueur des 6 facteurs de pénibilité restants.

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Le corps des femmes rwandaises

L’organisation non gouvernementale (ONG) rwandaise L’Initiative des Grands Lacs pour le développement et les droits humains vient de présenter un rapport qui estime que près d’un quart des femmes emprisonnées purgent une peine pour avortement illégal.

Depuis 2012, au Rwanda, le Code pénal autorise l’avortement, mais uniquement à la suite d’un viol, d’un inceste ou d’un mariage forcé ou en cas de risque pour la santé de la mère ou de l’enfant. Cette possibilité d’avorter est évidemment un progrès, mais elle reste malgré tout extrêmement restrictive et, dans les faits, se révèle pratiquement inaccessible.

En effet, il faut l’avis positif de deux médecins pour qu’un avortement pour raisons de santé soit autorisé, sachant que le pays compte en moyenne un médecin pour 17 000 habitants et que les barrières culturelles sont considérables. Dans le cas d’un viol, d’un inceste ou d’un mariage forcé, c’est un juge qui doit en décider. Avoir recours à l’avortement en France, où il est autorisé depuis 1976 et remboursé depuis 1982 dans une société globalement plus tolérante à l’égard de cette pratique, reste le plus souvent une décision et une expérience douloureuse.

Imaginer avoir à exposer sa situation, à la suite d’un viol ou d’un inceste, devant un juge pour éventuellement être autorisée à pratiquer une interruption volontaire de grossesse (IVG) est invraisemblable.

Sans oublier que, si éventuellement les femmes trouvent la force et le courage de le faire, elles s’exposent à attendre cette décision plusieurs mois, attente évidemment parfaitement incompatible avec une IVG.

Ce triste constat nous renvoie également à ce qu’ont déjà subi les femmes rwandaises parce qu’elles sont femmes, au moment du génocide, où des viols, des tortures, d’une barbarie inouïe ont été commis à une échelle industrielle, que les associations estiment à près de 250 000 actes criminels.

Pour autant, il y a aussi des raisons d’espérer au Rwanda. Les femmes représentent, 
depuis peu, 44 % du personnel politique et 58 % des parlementaires.

Elles ont pu faire adopter des textes essentiels, comme la loi sur l’héritage, qui place les filles à égalité avec les garçons, de lourdes peines à l’encontre des auteurs de discriminations liées au sexe et le viol a été reconnu comme arme de guerre.

Barbara ROMAGNAN

Chronique publiée dans L’Humanité du 5 octobre 2015

Agenda – Semaine du 28 septembre 2015

AgendaLundi 28 septembre
séance de travail à ma permanence parlementaire

Mardi 29 septembre
distribution de mon compte rendu de mandat aux habitants de la circonscription

Mercredi 30 septembre
soirée débat « Comment accueillir dignement les réfugiés ? » avec François GEMENNE au Palais des sports de Besançon

Jeudi 1er octobre
séance de travail à ma permanence parlementaire - différents rendez-vous - hommage aux militaires tués en opérations extérieures à la Préfecture du Doubs - rencontre avec plusieurs maires - distribution de mon compte rendu de mandat aux habitants de la circonscription

Vendredi 2 octobre
différents rendez-vous - rencontre avec le Principal du collège Diderot de Besançon - distribution de mon compte rendu de mandat aux habitants de la circonscription - rencontre avec les infirmiers anesthéristes du CHRU de Besançon

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A NOTER
réunion publique de compte rendu de mandat
le mardi 13 octobre à 18h30 à la Mairie de Recologne

Flash info – Semaine du 28 septembre 2015

Flash infoIVG - A l’occasion de la Journée mondiale pour le droit à l’avortement, et alors qu’un tiers des femmes se sent insuffisamment informé sur l’interruption volontaire de grossesse, Marisol Touraine a annoncé la création d’ un numéro national anonyme et gratuit, le 0800 08 11 11, qui permet dès aujourd’hui de répondre à toutes les demandes d’information, de conseil, de soutien et d’orientation en matière d’IVG, mais aussi de sexualité et de contraception. Ce numéro, confié au Mouvement français du planning familial, garantit des informations neutres et objectives sur les droits sexuels et reproductifs des femmes. La ministre a également annoncé le lancement d’une campagne nationale de communication sur l’IVG et le droit des femmes à disposer librement de leur corps. Le site www.ivg.gouv.fr a également été refondu et enrichi de nouveaux contenus.

MONTAGNE - La loi Montagne de 1985 a mis en place des mesures de protection de ce territoire singulier, de ses acteurs et de ses habitants. Lors du Conseil national de la montagne du 25 septembre 2015, le Gouvernement a rappelé la nécessité d’adopter un acte II de la loi Montagne qui réponde aux enjeux du 21e siècle en termes de développement économique et touristique, de prise en compte des enjeux environnementaux, d’urbanisme et d’adaptation des institutions. >> Lire le dossier de presse

CANCER DU SEIN - A l’occasion d’Octobre rose, Marisol Touraine ouvre une grande concertation citoyenne et scientifique sur le dépistage du cancer du sein, en lien avec l’Institut national du cancer, et annonce la prise en charge à 100% des examens de dépistage pour les femmes particulièrement exposées. La première étape de la concertation débute sur Internet, avec l’ouverture du site www.concertation-depistage.fr, destiné à recueillir un maximum de contributions, d’avis et de points de vue sur le dépistage.

ETUDIANTS - Consacré pour la 1re fois à la vie de l’étudiant définie dans sa globalité, le Plan national de vie étudiante, présenté par le président de la République, en présence de Najat Vallaud-Belkacem et de Thierry Mandon, est issu d’une large concertation, conduite entre le 20 mai et le 26 juin 2015. Les 35 mesures du  Plan national de vie étudiante apportent des réponses utiles, efficaces, et attendues par les étudiants pour améliorer leur quotidien, favoriser leur réussite, et accompagner leur prise d’autonomie. >> Lire la suite

SECURITE ROUTIERE - Après 12 années de baisse continue, la mortalité routière a augmenté de 3,5 % en 2014 : 3 384 personnes ont perdu la vie sur les routes de France, soit 116 de plus qu’en 2013. Face à ce bilan préoccupant, le Gouvernement a immédiatement réagi. Bernard Cazeneuve a présenté au Premier ministre un plan d’urgence de 26 mesures, dont 19 ont déjà été mises en œuvre. Comme il l’avait annoncé cet été, Manuel Valls a réuni les ministres les plus concernés, Christiane Taubira, Marisol Touraine, Bernard Cazeneuve et Alain Vidalies, pour adopter un plan d’action interministériel particulièrement ambitieux, qui concernera l’ensemble des Français, mais aussi les conducteurs étrangers qui empruntent notre réseau routier. Un plan décliné en 22 mesures fortes comprenant une refonte de la stratégie radar ou la protection des usagers vulnérables et 33 mesures complémentaires, essentiellement structurelles et d’organisation. Objectif : descendre en-­dessous des 2 000 personnes tuées sur nos routes en 2020.
>> Consulter le dossier de presse
>> Voir le bilan des 26 mesures