Archives pour décembre, 2010

Stéphane Hessel, ou la leçon d’indignation / Edito de Gérard Courtois

Indignez-vous

"Indignez-vous", Stéphane Hessel (Indigènes éd.)

Avouons un brin de mauvaise conscience quand c’est un monsieur de 93 ans qui nous interpelle ainsi : « Le motif de base de la Résistance était l’indignation. Nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l’héritage de la Résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! »

L’embarras n’est pas moindre quand l’intrépide vieux monsieur, Stéphane Hessel, ancien de la France libre, déporté à Buchenwald et Dora, corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, ajoute : « Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie. Je vous souhaite à tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux. » (Indignez-vous !, Indigène Editions, 32 p., 3 euros, déjà tiré à plus de 200 000 exemplaires.)

De fait, il suffisait, ces derniers jours, de se baisser pour les ramasser, les sujets d’indignation. Prenez cette désormais fameuse enquête PISA, menée par l’OCDE depuis dix ans dans une quarantaine de pays et qui évalue les compétences de base des élèves de 15 ans. Le résultat a été amplement commenté : l’école française régresse et obtient péniblement la moyenne (Le Monde du 8 décembre).

La cause globale de ces médiocres performances est claire : notre système scolaire ne donne pas les mêmes chances à tous, il privilégie une petite élite et laisse sur le bord du chemin un nombre croissant de jeunes, notamment ceux dont l’origine familiale et sociale est la plus modeste. Or l’enquête PISA le démontre de façon éloquente : les sociétés les moins inégalitaires sont celles dont l’école est la meilleure. Ce n’est d’ailleurs pas une découverte. Comme le rappelle Stéphane Hessel, le programme du Conseil national de la Résistance, déjà, appelait à « la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction la plus élevée », sans discrimination.

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