Le Conseil Européen de l’énergie des 20 et 21 mars derniers et son absence flagrante de résultats ont été éclipsés par les élections municipales françaises. C’est pourtant un événement majeur à prendre en considération.

Ce Conseil qui regroupait les chefs d’Etats membres de l’Union Européenne, s’est donc soldé par un échec des négociations climatiques internationales. C’est un très mauvais signe pour la future conférence sur le climat que la France accueillera en 2015. Il devait en effet entériner des objectifs climatiques clairs et communs à l’UE en vue d’un accord mondial de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre. Ces objectifs avaient tout d’abord été proposés par la Commission européenne, avant d’être revus à la hausse par le Parlement Européen, sans succès.

Des objectifs climatiques Européen pourtant peu ambitieux

En effet, fin janvier 2014, la Commission Européenne propose de fixer l’objectif de 40 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre (par rapport à 1990) d’ici 2030, mais de manière non-contraignante, et sans ventilation pays par pays de l’UE. Cette série de nouvelles mesures s’annonçait alors pourtant encore moins contraignante que celles adoptées en 2009. On parlait alors de la règle des trois fois vingt : l’Union européenne devait réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20% d’ici à 2020 par rapport à 1990, et réaliser 20% d’économies d’énergie grâce à des gains d’efficacité dans le bâtiment, les transports et les équipements électroménagers.

Le 5 février 2014, les eurodéputés votent donc une résolution plus ambitieuse : pour des objectifs contraignants de réduction des émissions de CO2 de 40% (proposée par la Commission), à une augmentation à 30% de la part des énergies renouvelables et à un objectif de 40% en matière d’efficacité énergétique d’ici 2030. Tout cela afin d’endiguer de 2°C le réchauffement climatique d’ici 2050 sur la planète, objectif unanimement reconnu depuis les récents rapports du GIEC.

Le sommet climatique de 2015 ne doit pas être celui de l’échec

Alors même que le précédent sommet sur le climat de Varsovie a été un échec, la France entendait obtenir un accord ambitieux afin de faciliter les négociations climatiques avant d’accueillir le sommet final en 2015 pour signature d’un accord mondial.

Différents appels se sont donc fait entendre pour inviter les Etats-membres à davantage d’ambition encore que les 40%. La semaine dernière à Bonn, où les pays membres de la Convention climat des Nations unies étaient réunis, l’ambassadrice de l’Alliance des petits Etats insulaires, Marlène Moses, avait jugé l’objectif de 40 % insuffisant. Des pétitions et appels d’ONG telles que le RAC (Réseau Action Climat), ou encore ATTAC, les élus écologistes européens et même des industriels se sont fait entendre sur l’urgence de parvenir à un accord européen.

C’était sans compter sur le puissant lobbying de pays pro-charbon tels que la Pologne et les pays d’Europe de l’Est. Et ce alors même que la crise ukrainienne est venue donner de nouveaux arguments à la Pologne et que sa politique de développement des Gaz de Schiste s’est soldé par un cuisant échec et le retrait du géant d’ExxonMobil du pays arrivé deux ans auparavant pour extraire les soit-disantes mirobolantes réserves de gaz du pays. Sans compter également sur le soutient implicite de l’Allemagne, pourtant moteur national de la transition énergétique, à la Pologne.

Le couperet est donc tombé. Le calendrier a retardé à la fin de l’année 2014, voire début 2015 , la décision relative aux objectifs énergétiques et climatiques pour 2030 proposés par la Commission européenne.

L’Europe écologiste sera une Europe politique

Si nous pouvons retirer quelques enseignements de cet échec, ce serait bien celui d’une absence manifeste à l’échelle européenne de volonté politique forte qui permette de faire avancer les négociations entre Etats-membres. Si cette absence paraît caractériser l’Europe libérale, l’Europe du seul marché commun, que nous connaissons depuis quelques années, elle n’en est pas pour autant inéluctable. Les élections européennes qui arrivent permettront je l’espère de construire l’Europe politique que nous attendons depuis trop longtemps. Cette Europe sera celle qui comprendra la transition écologique non pas comme un coût mais comme un investissement, emmenée par les socialistes européens et par une France forte d’une future loi de Transition énergétique à la hauteur des enjeux qui attendent notre planète.