En France, dans le monde
Daniel Vaillant : « Pour mieux lutter contre le trafic de cannabis, il faut légaliser sous contrôle »
16/06/11
Alors que la légalisation du cannabis fait débat, je vous propose la lecture de cette interview très intéressante et pertinente de Daniel Vaillant dans Le Monde.
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Le député PS et ancien ministre de l’intérieur Daniel Vaillant devait présenter, mercredi 15 juin, au groupe socialiste un rapport sur le cannabis, fruit du travail d’une dizaine de parlementaires. Ils ont auditionné des policiers, magistrats, sociologues, addictologues, malades.
Ces députés appellent à « sortir de l’hypocrisie », et plaident pour une « légalisation contrôlée » par l’Etat, pour mieux lutter contre les dangers du haschich. Devançant les critiques, Daniel Vaillant explique que « le vrai laxisme, c’est le statu-quo ».
Le Monde : Quel bilan tirez-vous de la situation française ?
Daniel Vaillant : Le paradoxe, c’est que la France s’illustre par une législation des plus répressives d’Europe alors que le niveau des consommations, notamment chez les 15-24 ans, est l’un des plus forts ! La loi interdit l’usage du cannabis, et on en a jamais autant consommé, et de plus en plus mal. Pour lutter contre la consommation problématique et le trafic, il faut sortir de cette hypocrisie. Si les gens doivent fumer, alors il faut qu’ils puissent fumer mieux. Cela m’affole : aujourd’hui, l’appât du gain pousse les dealers à ajouter des microbilles de verre ou de la poudre de pneu pour alourdir la résine de cannabis. La consommation n’est certes pas une conduite à suivre, mais le vrai laxisme, c’est le statu quo.
Je trouve trop facile de se camoufler au nom de la bonne conscience. Moi, je n’ai jamais fumé un joint et je suis choqué par tous ces politiques qui reconnaissent qu’il leur est arrivé, ou qu’il leur arrive encore, d’en fumer, et ne veulent pas bouger. Or, il faut bien qu’ils s’approvisionnent quelque part ! L’hypocrisie, c’est aussi d’avoir, d’un côté, ceux qui consomment de manière bourgeoise, sans grand risque de contrôle ou de nocivité pour leur santé, et les autres, qui fument dans les cages d’escaliers.
Que préconisez-vous ?
12 juin : journée de lutte contre le travail des enfants
12/06/11
Quelques mots me semblaient de rigueur eu égard à l’importance de cette réalité mondiale et à l’urgence d’une prise de conscience de chacun d’entre nous.
Les difficultés économiques qui ont bousculées bon nombre d’économies nationales ne doivent pas nous conduire à négliger la lutte contre ce fléau international. Le Bureau International du Travail n’a « heureusement » pas omis cette question majeure et a rendu très récemment un nouveau rapport global sur le travail des enfants intitulé « Intensifier la lutte contre le travail des enfants »1
Les constats dressés sont encore très inquiétants : le nombre mondial des enfants qui travaillent est aujourd’hui de 215 millions, considérant que ce nombre correspond aux enfants qui exercent un travail jugé « inacceptable »2 (trop longtemps, trop jeune, trop dangereux, etc.). Si l’on peut remarquer qu’il y a de moins en moins d’enfants qui sont concernés, le BIT souligne un « ralentissement du rythme de réduction » et nous alerte sur le fait que la crise économique devrait amplifier encore ce freinage des progrès réalisés en matière d’élimination des pires formes de travail des enfants d’ici à 2016.
Ce rapport nous démontre également que si des avancées conséquentes ont été réalisées pour les filles âgées de 5 à 14 ans qui sont 15 % de moins à travailler ; le nombre de garçons au travail a augmenté (de 7 à 8 %).
- Rapport qui a été rendu suite à le 99ème session de 2010 dans le cadre de la Conférence internationale du Travail [↩]
- On oppose en général au travail « inacceptable » le travail « léger » s’intégrant dans l’éducation de l’enfant et dans la vie familiale, permettant la scolarisation [↩]
RSA : en finir avec les contrevérités
9/06/11
Le canton de Planoise où je suis élue compte sans doute le plus grand nombre de bénéficiaires du RSA du département. Je connais ou côtoie beaucoup d’entre eux et je voulais dire mon indignation face aux propos tenus par des leaders de la majorité, qui sous-entendent que les pauvres seraient des fainéants, que les allocations seraient trop élevées, que les étrangers abusent de notre « générosité ». Pour les personnes peut-être moins familiarisées avec le sujet, je souhaitais également apporter quelques précisions.
Pourquoi les allocataires sans emploi en sont dépourvus ?
Nombre de bénéficiaires du RSA socle (l’ex-RMI) ne travaillent pas, tout simplement parce qu’aucun contrat ne leur est proposé quelles que soient leurs démarches. D’ailleurs s’ils refusaient deux propositions, ils seraient radiés de Pôle Emploi.
Il y a également des personnes qui auraient besoin de postes de travail adaptés à leur problème de santé ou de handicap. Il y en a d’autres qui ne peuvent pas travailler du tout, de façon conjoncturelle ou structurelle, parce que des problèmes de santé, de famille, d’autonomie les en empêchent. Ils n’en restent pas moins des êtres humains avec des droits
Le RSA est-il trop élevé ?
Laurent Wauquiez souhaite que le montant du RSA n’excède pas 75 % du SMIC. Cela a toujours été le cas ! En 1988, le RMI représentait 50 % du SMIC, le RSA aujourd’hui 43 %. Le RSA, même cumulé avec les allocations familiales et les allocations logement, que l’on soit seul, en couple, avec ou sans enfant, est toujours inférieur au seuil de pauvreté, qui est le seuil en dessous duquel on estime qu’il n’est pas possible de vivre correctement. Plus de 7 millions de personnes en font partie en France, parmi eux 2 millions d’enfants (cf. rapport annuel de la Défenseure des enfants). Autant sont toujours à la limite d’y tomber.
Le RSA : une régression sociale
2/06/11
Mesure phare du gouvernement, il y a 2 ans, la loi généralisant le Revenu de Solidarité Active entrait en vigueur. Le RSA devait permettre à la fois de réduire le nombre de travailleurs pauvres ou d’améliorer leur situation en leur fournissant un complément de revenu et inciter les allocataires de minimas sociaux à accepter des emplois. La gauche qui aspire à revenir au pouvoir en 2012, se doit de tirer un premier bilan.
Pour les bénéficiaires du « RSA socle » (celui qui remplace le RMI) et « du RSA majoré » (qui remplace l’API, allocation parent isolé) rien n’a changé. Pour les bénéficiaires du « RSA activité », la situation ne change guère durant la première année car le cumul RMI et revenu d’activité était déjà possible depuis 1992. Au-delà de 12 mois cela peut en effet représenter une petite amélioration financière pour eux. Mais cela signifie également qu’il ne s’agit plus d’accompagner des situations transitoires et de soutenir des trajectoires d’insertion. La collectivité reconnaît que les salaires sont trop faibles et accepte de payer un complément de salaire à la place de l’employeur et favorise ainsi l’emploi précaire. Pour l’essentiel des bénéficiaires cela se traduit au total par une baisse de ressource en raison de la perte des droits connexes.
Les droits connexes sont ces droits qui découlaient du statut de RMIste. Etre au RMI ouvrait un droit automatique à la CMU pendant un an et ce droit conditionnait l’ouverture à d’autres prestations. Ce statut donnait également droit à une aide au logement au taux maximum, à une exonération de la Taxe d’habitation et à la prime de Noël. Aujourd’hui, ceux qui perçoivent du RSA activité doivent remplir les conditions classiques de ressources. Ainsi, alors que le RSA devait permettre une augmentation des ressources pour les personnes qui travaillent, il semble, au contraire, qu’il y ait en fait très souvent une baisse.
Inculpation de Dominique Strauss-Kahn
22/05/11
Je ne vais pas ajouter trop tardivement mon commentaire à ce que l’on appelle déjà « l’affaire DSK ». La position que Clémentine Autain à développée sur son blog à ce sujet me parait particulièrement pertinente, cela d’autant plus que sa réaction a été rapide.
Je suis dans l’attente de la vérité qui devra sortir de la procédure qui ne fait que commencer.
Je n’oublie pas qu’il y a un accusé qui a droit à la présomption d’innocence mais également une plaignante qui a le droit que sa parole ne soit pas discréditée.
Aujourd’hui, comme l’a rappelé Martine Aubry, nous devons plus que jamais « tenir le cap », dans « l’unité, la responsabilité et la combativité » afin de répondre aux attentes des Français et ne pas les décevoir.
J’espère enfin que cette crise sera l’occasion de rompre avec une « starification » et médiatisation excessive de la vie politique afin de revenir à une conception plus simple et plus collective de l’engagement politique.
Côte d’Ivoire
7/05/11
Le 5 mai, le Conseil constitutionnel de Cote d’Ivoire a proclamé le résultat de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 déclarant Alassane Ouattara vainqueur, 5 mois après l’avoir donné perdant. On ne peut que se réjouir pour les Ivoiriens que les massacres, les viols, les pillages cessent. Pour autant, cela ne doit pas nous laisser penser que tout va bien. Il s’agit d’être particulièrement vigilants.
Cela parce que la crise ivoirienne ne date pas du résultat contesté de l’élection présidentielle de novembre 2010. Il faut remonter au minimum à l’élection, déjà contestée, de Laurent Gbagbo de 2000, en lien avec le concept d’ivoirité qui établissait qu’il y avait des bons et des mauvais ivoiriens, des vraies et des faux. Suite à cela la force Licorne, c’est-à-dire la force militaire de l’ancienne puissance coloniale, s’est installée sur le territoire. Le fait qu’elle soit toujours présente doit nous interroger.
Nous devons être particulièrement vigilants également parce que pendant presque 5 mois, l’information était particulièrement partiale et univoque. Les opinions contraires ou plus nuancées n’ont absolument pas été entendues. Certes, Laurent Gbabo n’est pas fréquentable, mais l’honorabilité du camp adverse pose question. Il semble bien qu’il y ait eu des massacres des 2 côtés. Alassane Ouattara, président de tous les Ivoiriens à une tâche et une responsabilité considérable dans la réussite de la suite.
Dernier rapport de la défenseure des enfants
3/05/11
Mardi dernier 26 avril, Dominique Versini a présenté son rapport pour 2011. Je vous en recommande la lecture si vous en avez le temps (lien en fin d’article) et vous en présente très sommairement la portée. L’analyse est particulièrement riche et les propositions me paraissent très pertinentes.
On peut également indiquer que, et je le regrette vivement, ce sera le dernier rapport établi par le défenseur des enfants, car la loi votée le 15 mars 2011, qui est entrée en vigueur ce 1er mai, fait du défenseur des enfants un adjoint du défenseur des droits sans aucune attribution propre, ne pouvant plus être saisi directement et n’ayant plus le droit de présenter de rapport sur le droit des enfants (art. 36-II-2°).
Cette réforme est particulièrement dommageable si l’on regarde l’impact qu’on eut les précédents rapports. Pour ne prendre que deux exemples, le rapport de 2007 sur « les adolescents en souffrance » a permis de faire augmenté le nombre de Maison des adolescents qui est passé de 18 à 68, le rapport de 2008 quant à lui sur « les enfants au cœurs des séparations parentales conflictuelles » a permis d’inscrire dans la loi un dispositif expérimental imposant le recours préalable et obligatoire à la médiation familiale avant toute saine du juge. En outre, ces rapports avaient surtout comme immense mérite, même si les recommandations qu’ils préconisaient n’ont été que trop peu suivies, de mettre en lumière les nombreuses problématiques et souffrances liées à l’enfance. Le rapport produit en 2011 en est une nouvelle illustration.
Ce rapport intitulé « Prendre soin des enfants et adolescents atteints de cancers, leurs familles et les équipes soignantes : constat et recommandation » apporte tout d’abord de précieuses information sur « l’état des lieux » actuel avant d’avancer plusieurs propositions pour remédier aux carences et difficultés rencontrées.
Pouvoir d’achat…
25/04/11
Nicolas Sarkozy a choisi de retourner dans les Ardennes (où il avait lancé son « travailler plus, pour gagner plus ») pour faire de nouvelles promesses, alors que les précédentes n’ont pas été tenues.
La promesse du partage de la valeur ajoutée en trois tiers, faite depuis deux ans, n’a jamais vu le jour. Comment peut-on apporter le moindre crédit à quelqu’un qui fait à nouveau, aujourd’hui, une annonce qui participerait de la même logique ?
Il a déjà annoncé deux premiers renoncements : la prime ne sera pas de 1000 euros et la quasi-totalité des salariés en seraient de fait exclus.
Cette opération de communication sera surtout un écran de fumée pour masquer une mesure – bien réelle, elle –, en faveur des plus riches, la quasi-suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), puisque le taux maximum va passer de 1,8 % à 0,5 % et que la moitié de ceux assujettis aujourd’hui vont être exonérés.
Pour tous les autres, il n’y a qu’une accumulation de baisses de revenus et de hausses des dépenses : le Gouvernement refuse un coup de pouce au SMIC – c’est le cas depuis son arrivée au pouvoir – refuse d’augmenter les fonctionnaires ; approuve les hausses des tarifs de l’énergie.
Une autre politique est possible pour améliorer le pouvoir d’achat des Français : mieux distribuer les bénéfices, en incitant les entreprises à valoriser le travail et l’investissement en augmentant l’Impôt sur les Sociétés pour celles qui versent des dividendes et en le baissant pour les autres ; en engageant le rattrapage du pouvoir d’achat du SMIC ; en mettant un terme à l’envolée des loyers par un blocage des loyers dans les zones en tension et en construisant massivement de nouveaux logements ; en mettant en place une tarification progressive pour l’énergie et l’eau pour aider les Français à faire face à la hausse des prix.
Après la catastrophe nucléaire de Fukushima : l’urgence d’un débat démocratique.
24/03/11
La catastrophe nucléaire de Fukushima ébranle le monde et nos certitudes. La question du nucléaire et plus généralement des choix en matière énergétique se pose avec acuité maintenant à l’ensemble des pays du monde et en particulier à notre pays qui a fait du nucléaire la clé de son indépendance énergétique et un élément central de sa politique industrielle.
L’interrogation concernant le choix nucléaire n’est pas simple ; nous avons sans doute été nombreux à faire confiance aux « gens compétents » pour arbitrer entre les avantages et les inconvénients de cette technologie. Le choix du nucléaire a été fait dans notre pays sans vrai débat mais il était présenté comme le moyen « le plus sûr » de faire face à la hausse du prix des énergies fossiles tout en évitant le rejet d’énorme quantité de gaz à effet de serre. On passait sous silence ses inconvénients : la dépendance en amont de l’uranium étranger et l’absence de solutions efficaces à la nocivité radioactive de ses déchets. Quant aux dangers possibles d’accidents, techniques, climatiques ou terroristes, les spécialistes de sécurité affirmaient de façon catégorique et suffisante que la filière française était « la plus sûre » du monde et que les risques d’accidents graves étaient « hautement improbables » sinon impossibles. Nous avons eu tendance à déléguer notre citoyenneté aux experts sur le sujet.
Nous ne sommes pas des spécialistes et n’avons aucune compétence technique dans ce domaine mais c’est en tant que citoyens responsables que nous nous interrogeons aujourd’hui au moment même où on ne connaît pas encore toutes les conséquences humaines, écologiques et économiques de cette terrible catastrophe nucléaire. Nous ne nous sentons pas « indécents » en nous interrogeant et en formulant ces quelques remarques.












