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Un livre : Après-Macron, de Philippe Frémeaux

Apres Macron

Ce n’est pas le cadeau que je vous aurais conseillé pour les fêtes de Noël. Ça tombe bien, c’est passé. En revanche, il s’agit d’un livre utile pour celles et ceux qui comptent parmi leurs résolutions de l’année 2018 de participer à la réinvention de la gauche et de l’écologie.

Je vous conseille la lecture de ce livre, à la fois précis et pédagogique, comme nous a habitués à l’être cet auteur. Il ne vous prendra pas beaucoup de temps, et vous ne le perdrez pas, pas plus que votre argent puisque ce livre publié aux éditions des Petits Matins ne coûte que la modique somme de 7,50 euros.


Comme le titre l’exprime de façon très explicite, l’auteur ambitionne de penser l’après-Macron. Macron, auprès duquel on comprend qu’il ne fonde pas d’espoirs démesurés. Autrement dit, Philippe Frémeaux souhaite apporter sa contribution à la refondation de la gauche écologiste.

Pour cela, il juge nécessaire de comprendre comment le nouveau président a pu accéder à ses fonctions. Et pour ne pas se limiter à des explications conjoncturelles, il a la bonne idée de revenir en arrière, au moment de la première accession de la gauche au pouvoir présidentiel sous la Vème République, en 1981. Il dresse ainsi un bilan des années Mitterrand, Jospin, puis Hollande, avant de commenter les premiers mois du président Macron chez qui il constate que, malgré la prétention d’être « en même temps » de gauche et de droite, les arbitrages penchent clairement à droite.

Je trouve sa démarche pertinente principalement pour deux raisons. D’une part, bien sûr, parce que ce qui se passe aujourd’hui dans la vie politique française – à gauche en particulier – ne saurait s’expliquer sans un minimum de profondeur temporelle, mais aussi parce qu’en lui-même le panorama synthétique qu’il fait de ces 37 dernières années de la gauche au pouvoir me semble tout à la fois sans concession ni critique gratuite.

Dans la partie bilan, j’ai particulièrement apprécié son retour sur la question européenne de l’acte unique européen en 1986 au renoncement de François Hollande sur le traité budgétaire (2012) en passant par les traités de Maastricht, Lisbonne et le Traité Constitutionnel Européen. Je trouve également bienvenue sa rétrospective sur le comportement des « leaders » de la gauche (présidents ou premiers ministres), ainsi que le rapport à leurs engagements.

Surtout, au cours des chapitres suivants, il revient sur la société française, ses transformations, ses conflits, ses attentes, autrement dit le terrain sociologique sur lequel a germé le macronisme au-delà des renoncements hollandais : l’émancipation des individus, à commencer par les femmes, la fin des grandes espérances collectives et du sentiment d’appartenance de classe, l’alliance des classes supérieures et des classes moyennes aisées ou protégées par leur qualification.

Il analyse ensuite les autres raisons de l’affaiblissement du clivage droite-gauche – ce qui ne signifie pas pour l’auteur que ce clivage n’est plus pertinent – avec notamment la montée en puissance de l’idée d’un ennemi ou d’un concurrent extérieur se substituant à l’ennemi intérieur (idée dont se nourrit le populisme nationaliste). Il prend également très au sérieux les débats sur la laïcité et les enjeux écologiques.

Cette description des évolutions de la société n’empêche pas l’auteur d’affirmer que les divisions de la société française demeurent, voire qu’elles s’accentuent, et que cela justifie le maintien de l’affrontement gauche-droite. Il rappelle également combien le « ruissellement », c’est-à-dire l’idée selon laqelle les riches vont devenir plus riches et les pauvres moins pauvres, est une escroquerie. Il conclut cette partie en affirmant qu’en dépit de la mondialisation et de l’Europe, on peut tout de même agir de manière à rendre notre société plus bénéfique à ses membres, et qu’il existe aujourd’hui bien des marges de manœuvre en ce sens.

Enfin, son dernier chapitre jette les bases de cette refondation de la gauche et de l’écologie qu’il appelle de ses vœux. Une refondation qui ne se contente pas de la critique, fondée, des reniements des socialistes, et qui prend acte du fait que les réponses du président Macron aux angoisses qui nourrissent le FN ne sont pas à la hauteur, car elles avantagent d’abord les gagnants.

Il rappelle la nécessité de refonder une alliance des classes moyennes et populaires sans mots creux ni trahisons comme l’ont fait Mitterrand et Hollande ; il rappelle que le vieux logiciel social-démocrate – on fait le pari du capitalisme et on redistribue – ne fonctionne plus et qu’il faut inventer autre chose qui prenne notamment en compte la finitude des ressources et le réchauffement climatique ; il rappelle enfin qu’il faut respecter l’aspiration à l’autonomie des personnes.

Il revendique ainsi un système égalitaire qu’il s’agit de porter en termes de services publics, d’accès à l’emploi et au revenu, mais aussi en termes de liberté, liberté d’entreprendre, liberté de donner son avis, liberté de participer aux décisions. En un mot, il prône une société où l’égalité de tous, et toutes, accroîtrait la liberté de chacun.

Barbara Romagnan

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