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Comment accompagner les personnes les plus vulnérables ? A propos des personnes âgées.

Personnes Agees

Une démocratie s’honore lorsqu’elle se dote des moyens d’accompagner les gens les plus fragiles. Le sens même d’une société est de permettre aux personnes vulnérables d’être reconnues en tant que personne, en tant que sujet, du fait de solidarités.

La question se pose actuellement de façon explicite pour les personnes âgées en raison du vieillissement. Elle se pose dans le domaine de la santé également pour les personnes atteintes de maladies chronicisées du fait des progrès de la médecine, mais elle se pose aussi pour les personnes en souffrance sociale, en situation de précarité en dehors du champ de la santé.

Les faits

Pour ce qui concerne les personnes âgées, il est un fait qu’une conséquence paradoxale des progrès dans le domaine de la santé qui ont permis l’amélioration de celle-ci est l’augmentation considérable des personnes âgées dépendantes. 1 200 000 personnes étaient dépendantes en 2012 ; 2 500 000 personnes seront probablement dépendantes en 2060 selon les projections des démographes[1] .

Il est à noter qu’à cette réalité de l’augmentation des personnes âgées dépendantes s’ajoute la réalité des personnes âgées fragiles, c’est-à-dire des personnes susceptibles de devenir dépendantes au détour d’un problème médical, psychologique ou social.

S’ajoute également un fait que les statistiques démographiques démontrent : il y a dans notre pays une augmentation considérable des situations de solitude en particulier de femmes seules et vieillissantes.

En outre, on note, et ceci est de nature à devoir nous interroger, un taux important des suicides des personnes âgées et singulièrement autour des décisions d’institutionnalisation de ces personnes. Cette institutionnalisation des personnes âgées n’est pas souhaitée par les personnes elles-mêmes[2]. Elle est donc souvent subie. Elle est vécue comme une rupture du sens de la vie.

Enfin, il faut noter une tendance dans nos sociétés à une forme de ségrégation vis-à-vis des personnes âgées. Dans une ambiance valorisant la jeunesse (on parle de jeunisme) qui est en fait une survalorisation de la performance, de l’action, la personne âgée apparait « non performante ». Elle est lente, elle concentre des problèmes de santé… Tout ceci conduit à des attitudes fréquentes de ségrégation, voire de discrimination des personnes âgées qui finit par avoir un effet sur les personnes elles-mêmes. Il n’est pas rare que ces personnes expriment un sentiment « d’être en trop », un sentiment d’indignité. Ceci concourt probablement  à expliquer le taux de suicide important chez les personnes âgées.

Les questions qui se posent

On peut donc se poser la question du sens des politiques sociales et du système de santé qui conduisent à cette souffrance des personnes fragiles et cette tendance à une déliaison alors que ce qui devrait être attendu relève d’une accentuation des solidarités.

Il y a probablement un problème avec une tendance à la surmédicalisation de la vieillesse. Le soignant de demain devra toujours se poser la question suivante : au motif que je sais traiter telle ou telle pathologie ou dysfonctionnement chez une personne âgée polypathologique, faut-il que je le fasse si l’issue de ce qui contribue à prolonger la vie est la souffrance existentielle ?

Une autre interrogation concerne cette forme moderne d’exclusion et de concentration qui aboutit à rassembler les personnes âgées entre elles à l’extérieur de leur milieu de vie habituel jusqu’à leur décès. Il n’est pas question dans ce propos de critiquer la place des EHPAD et encore moins les personnes qui y travaillent et qui font du mieux qu’elles peuvent avec des moyens qu’elles n’ont pas. La question est de penser des alternatives qui n’existent pas et qui pourraient permettre un maintien à domicile souhaité par la majorité de ces personnes. En effet, quel est le soubassement éthique d’un système de santé qui contraint les personnes du fait de leur âge et de leur vulnérabilité à finir leur existence dans un lieu où elles n’auraient pas souhaité la finir – et qui plus est en leur demandant de payer pour cela ?

Les pistes de réponses

Il s’agit donc de penser des nouvelles formes de solidarité.

Il faudra à mon sens rouvrir la discussion sur la création d’un 5ème risque, autrement dit une 5ème branche de la sécurité sociale s’ajoutant à la branche maladie, à la branche accident de travail, famille et vieillesse.

Il faudra penser une refonte d’un système de santé qui ne peut plus se satisfaire de la séparation du champ sanitaire et du champ social. Le reste à charge pour les personnes âgées dépendantes est parfois tel qu’il explique probablement des hospitalisations à visée purement sociale dont l’effet est dramatique.

Mais probablement la mesure la plus importante à envisager est la reconnaissance de la place des aidants. Il est évident aujourd’hui que les aidants des personnes âgées qui sont soit des personnes âgées elles-mêmes, soit les enfants de ces personnes âgées, ont besoin de temps et de lieux, sous différentes formes, de répit pour pouvoir récupérer, pour pouvoir assumer des temps où mêmes, ces aidants, tombent malades. Lorsque ces aidants sont jeunes, salariés, il sera important de penser une modification du droit du travail leur permettant un travail à temps partiel. Ce type d’évolution permettrait aux aidants de garder une vie sociale et probablement aux employeurs d’avoir à faire à moins d’arrêts maladies.

Un autre domaine essentiel à penser est celui de la revalorisation des métiers de l’aide au maintien à domicile, des professionnels de la proximité. Il n’est pas normal, voire il est scandaleux, qu’à ce jour ces personnels soient les plus exposés à la violence de certaines situations, à la souffrance des personnes, en étant peu formés et peu rémunérés. Il y a là un vivier potentiel d’emplois qu’il serait intéressant de penser dans une vision solidaire.

Naturellement, ce que l’on appelle la révolution numérique a sa place dans cette réflexion sur les nouvelles formes de solidarité. Il est possible aujourd’hui avec les progrès dans le domaine de la robotique et de la domotique de faciliter le maintien à domicile de personnes âgées. Les patients chuteurs (on sait qu’une chute peut avoir des conséquences dramatiques si elle n’est pas signalée tôt chez une personne âgée) peuvent être repérés par des systèmes de veille intelligents. Il y a donc là un champ d’investissement à penser tout en étant vigilant à ce que ces systèmes de surveillance ne soient pas trop intrusifs empêchant l’espace de liberté qu’est la vie privée des personnes âgées.

Un autre champ à penser pour l’avenir est le développement des solidarités et de l’habitat intergénérationnels. Il est évident que de nouvelles formes d’habitat faisant appel à une ingénierie architecturale vont permettre le rapprochement entre des générations différentes dans une dynamique inter-apprenante. Il y a beaucoup à apprendre auprès des personnes âgées et il y a beaucoup à gagner pour les personnes âgées à continuer à vivre avec des personnes plus jeunes. Il y a là également des possibilités de ressources économiques nouvelles.

[1] Lecroart, A., Froment, O., Marbot, C., & Roy, D. (2013). Projection des populations âgées dépendantes : deux méthodes d’estimation. Dossier solidarité santé

[2] La fin de vie en EHPAD. Résultats d’une étude nationale (2013). Observatoire National de la Fin de Vie. Paris

 

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