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Le renouvellement de la démocratie : une pratique régulière, pas un slogan

Au lendemain de l’élection présidentielle qui a vu la gauche absente du second tour, beaucoup de ceux qui affirment vouloir travailler à son unité laissent aussi entendre que cette unité se construira autour d’eux ou à partir d’eux seuls. Or, pour que des appels à l’union soient suivis d’effet, encore faut-il que nos méthodes et nos pratiques reflètent nos projets, et préfigurent elles-mêmes le monde que nous prétendons construire. Comment faire advenir une société pacifiée et plus démocratique si on ne parvient pas à entretenir des rapports apaisés, en particulier avec ses partenaires les plus proches ? Comment prétendre porter une démarche de rassemblement quand on exige la soumission des autres à soi-même ? La reconnaissance de clivages et de contradictions est bien l’une des caractéristiques des régimes démocratiques, et la démocratie a précisément pour objet de civiliser les conflits et les oppositions afin d’éviter la violence et la guerre. Mais les clivages opposent des adversaires, et non des ennemis : l’ennemi, c’est celui qu’on veut détruire, faire disparaître. L’ennemi, c’est la guerre. C’est cette distinction fondamentale qui fait de la démocratie un précieux outil de paix que nous devons protéger.

Pour préserver cet outil, il est de notre responsabilité de ne pas laisser libre cours aux pulsions haineuses et à la brutalité dans nos débats politiques, nos comportements et nos prises de parole ; de respecter l’adversaire en le reconnaissant comme porteur d’arguments et de convictions légitimes. Il me paraît aussi indispensable de pouvoir le faire avec ceux dont on est les plus proches. Lutter contre les passions destructrices et régressives qui sont aussi en chacun de nous est une façon de prendre soin de la démocratie, et une condition pour que la gauche se reconstruise autour d’un projet désirable majoritaire.

À cet égard, je crois que l’unité ne doit pas être considérée comme un état fixe qu’il s’agirait d’atteindre, mais au contraire comme une pratique régulière qui se construit, en même temps qu’elle se décline, dans nos façons d’agir. Autrement dit, l’union, le renouvellement et la reconstruction sont une pratique, pas un slogan. S’il est, bien sûr, indispensable de reconstruire, il ne s’agit pas, à mon sens, de faire table rase du passé, de décréter une « année zéro » de la gauche. Dialoguer, essayer de refonder, c’est en soi déjà le faire.

Car, pour être durable, l’unité suppose de tisser des relations suffisamment profondes pour que l’union ne se fracture pas à la moindre difficulté. Cela signifie partager des combats et travailler à des objets d’intérêt commun. Pour autant, une gauche unie ne veut certainement pas dire une gauche monolithique. C’est la raison pour laquelle, plus encore que de lister ce que nous partageons, il importe de débattre de nos désaccords. Cela nous permet d’avancer ensemble et de progresser, car s’accorder sur les points de divergence, c’est faire le pari que l’on pourra, demain, les dépasser. Pouvoir exprimer pacifiquement ses désaccords, et que ceux-ci soient entendus et reconnus comme tels, permet également d’accepter plus facilement qu’ils ne soient pas retenus, pour l’instant du moins.

Ce sont ces pratiques qui, quand elles sont mises en œuvre, favorisent l’unité dont nous avons besoin. Nous en avons besoin parce que faire de la politique, c’est aussi et peut-être d’abord une question de passions, que nous devons être capables de les réguler. Au moment où on assiste à la victoire du modèle du « leader charismatique », cette question me semble importante.

Barbara Romagnan

Tribune publiée dans L’Humanité le 22 mai 2017

Cet article comporte 1 commentaire
  1. « L’impossible nous ne l’atteignons pas mais il nous sert de lanterne »
    René Char
    Je partage la position de Barbara dans cette tribune … à la fois éthique et pratique …. c’est aussi parce que la théorie n’est pas toujours pratique qu’il nous faut enraciner nos idéaux dans des projets concrets au quotidien et bien vivants…dans la différence…et la rencontre des uns et des autres….
    merci pour la pertinence de ces mots qui donnent du sens au « rassemblement » aussi difficile soit-il pour la gauche aujourd’hui….
    Pierre

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