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L’écologie au cœur d’un nouveau modèle de société

Ecologie

L’urgence sociale et l’urgence écologique vont de paire : c’est par la reconversion écologique que l’on pourra combattre les inégalités.

Longtemps, à gauche, nous nous sommes préoccupés de la question sociale avant la question écologique, en établissant une forme de hiérarchie entre les priorités. Depuis, la gauche a plusieurs fois été au pouvoir et force est de constater qu’elle n’a pas trouvé de solution satisfaisante à la question sociale. Pour la construire, je crois que nous devons comprendre que la question écologique n’est pas une question parmi d’autres – ou même une priorité- mais l’entrée nécessaire pour lutter de façon efficace contre le chômage de masse et les inégalités qui minent notre société.

En d’autres termes, comme l’a dit justement Benoit Hamon, « nous ne pouvons plus être socialistes sans être écologistes ». Penser régler les inégalités sociales avant de s’intéresser à la préservation de notre environnement est une erreur. C’est en faisant naître un modèle de développement plus sobre et plus durable que l’on pourra réduire les inégalités entre les plus pauvres et les plus riches, entre les femmes et les hommes mais aussi entre les pays du sud et les pays du nord.

La crise écologique frappe en effet prioritairement les pauvres et les plus faibles.

Cette inégalité est manifeste lors de catastrophes naturelles. Dans le cas du tsunami de 2004 dans l’océan Indien, les femmes ont été, de très loin, les plus touchées, en partie parce qu’elles ont un accès moins rapide à l’information parce que leur travail est souvent hors de la ville.

En Afrique centrale et orientale, avec la sécheresse, ce sont les femmes et les petites filles qui sont les premières victimes car c’est à elles que revient le plus souvent la tâche d’aller chercher l’eau. Or l’allongement des trajets réduit directement le temps disponible pour leur scolarisation. Les crises climatiques modifient la vie des peuples et frappent plus fortement les populations les plus fragiles

En France, la réalité est identique. Ce sont souvent les plus pauvres parmi les 8 millions de personnes qui vivent dans les logements aux performances thermiques insuffisantes, qualifiés de « passoires énergétiques ». Et parmi ces personnes, les femmes sont surreprésentées dans deux catégories particulièrement exposées : les familles monoparentales où elles représentent 85 % des cheffes de familles, et les personnes âgées et isolées, où les femmes sont les plus nombreuses du fait de leur espérance de vie plus longue.

Nous devons donc prendre en compte le lien entre crise sociale et crise écologique pour conduire des politiques publiques plus efficaces.

L’exemple de la tarification d’EDF-GDF illustre les limites des politiques sociales quand elles ne prennent pas en compte la crise écologique. 17 ans après la mise en place d’une tarification « sociale », de très nombreuses familles sont encore dans l’incapacité de régler leurs factures car on ne s’est pas attaqué à la cause réelle de cette situation : les mauvaises performances énergétiques des logements.

En matière de santé, on mesure de plus en plus le rôle de l’environnement dans l’apparition de maladies. En conséquence, les efforts pour développer la recherche sur les cancers et sur les moyens de lutter contre ces maladies ne seront efficaces que si l’on agit en parallèle sur l’environnement. Là encore, l’action à mener est politique : les particules fines causent la mort de 40 000 personnes chaque année en France ; c’est quatre fois plus que les morts causées par accidents de la route lorsque le président Chirac en avait fait une grande cause nationale. Pourtant, cette situation n’est pas une fatalité, car des mesures concrètes peuvent être prises, telles que la sortie du diesel à court terme.

En matière de migrations, la crise écologique permet de comprendre l’importance des flux de personnes aujourd’hui et dans les années à venir. En 2015, on comptait dans le monde 22 millions de déplacés en raison de catastrophes naturelles, contre 16 millions pour des raisons politiques. Beaucoup des régions qui connaissent des conflits ou des crises sont également celles qui subissent les effets du dérèglement climatique. En Syrie, les chercheurs ont démontré que l’exode rural de plus d’un million de personnes, causé par les très fortes sécheresses des années 2007 à 2010, a joué un rôle majeur dans le basculement du pays dans le conflit.

Les inégalités sociales aggravent la crise écologique.

La pauvreté est un frein au développement des modes de consommations et de productions alternatives : les ménages les plus pauvres n’ont accès qu’à des denrées produites à moindres coûts, dans des conditions écologiques et sociales délétères. Les denrées plus respectueuses de l’environnement, comme les produits issus de l’agriculture biologique leur sont peu accessibles, et en conséquence ne se développent pas. Il est de même très difficile pour les populations les plus pauvres de mener les investissements, tels la rénovation énergétique des logements, permettant de réduire leurs consommations d’énergie par exemple.

De l’autre côté, l’empreinte écologique des plus hauts revenus est excessivement lourde et alimente un système de gaspillage.

Nous avons trop tardé, nous devons construire ensemble un vrai projet social-écologique.

Sur tous ces sujets, nous avons tardé à mesurer l’importance de la question écologique. Nous avons tardé à admettre qu’elle était l’une des clefs pour comprendre et modifier les conséquences de nos comportements sur notre environnement. Aujourd’hui, la question écologique c’est « l’enjeu des enjeux » car c’est celui de l’avenir même de ce « peuple de la Terre » dont nous et nos enfants faisons partie. La vie est un phénomène à part qui ne tient qu’à deux fragiles couches au-dessus de nos têtes et sous nos pieds : la couche d’ozone et l’humus. Ne pas en avoir tenu compte dans l’élaboration de nos modèles de croissance et notre développement a fini par mettre en danger l’humanité.

C’est un projet d’envergure qui suppose une remise en cause importante de ce que nous faisons et de la manière dont nous le faisons, mais c’est aussi un défi enthousiasmant et nouveau qui nous projette dans l’avenir.

Barbara Romagnan

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