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StocaMine, une contamination à l’échelle géologique

Stocamine

Situé dans le Haut-Rhin, Stocamine est un centre de stockage de déchets chimiques en couches géologiques profondes, installé dans une ancienne mine de sel à plus de 500 mètres sous terre. Mis en service en 1999 et prévu pour accueillir 320 000 tonnes de déchets, le centre n’a fonctionné que jusqu’à 2002, date à laquelle un incendie d’une durée de deux mois s’est déclaré, et a conduit à sa fermeture en septembre 2003.

Depuis, Stocamine n’accueille plus de nouveaux déchets mais il est encore officiellement en exploitation, et le personnel assure la gestion des 44 000 tonnes de déchets présents. Ces déchets sont dits « ultimes » car au vu de l’état actuel des techniques, nous ne savons les recycler pour les transformer en des matières moins toxiques.

Au regard des risques qu’il fait courir à des bassins de population très importants, on parle peu de Stocamine. Pourtant, la question du devenir du site est urgente car l’incendie de 2002 a très largement endommagé la structure des galeries qui s’effondrent progressivement sur les déchets stockés. Mais pour fermer définitivement le site, il faut trouver une solution pour les 44 000 tonnes de déchets qu’il abrite encore. Les travaux actuellement en cours – financés par l’Etat à hauteur de 183 millions d’euros – se déroulent conformément à la position actuelle du ministère de l’Environnement, soit l’extraction de 93 % colis de déchets contenant du mercure, et le confinement sur place du reste. Or ce « reste » constitue la quasi-totalité des déchets de Stocamine, soit 42 000 tonnes.

Quel avenir pour les déchets ?

L’entreprise Stocamine a demandé l’autorisation d’enfouir les déchets sous des barrages de béton qui permettraient un confinement pour une durée de mille ans environ. Concrètement, il s’agirait de construire 19 barrages de béton afin de ceinturer les galeries et retarder l’infiltration dans le sol d’eaux polluées par les déchets.

Mais l’option de l’enfouissement des déchets pose la question de l’environnement et de notre responsabilité envers les générations futures. Stocamine en effet est situé au-dessous de la plus grande nappe phréatique d’Europe, qui s’étend de Bâle à Francfort, et dont les experts estiment qu’elle serait contaminée par l’effondrement des galeries et l’écrasement des colis si la solution de l’enfouissement des déchets était celle retenue. Le sujet est aujourd’hui de déterminer dans quelle mesure, et si la contamination rendrait l’eau impropre à la consommation pour les 7 millions de personnes qu’elle alimente.

Sur ce sujet, des études ont démontré dès 2011 que dans le cas où les déchets seraient scellés sur place, la probabilité d’une contamination au mercure supérieure aux seuils de potabilité était relativement élevée. De ce point de vue, la solution qui a été proposée consistant à mettre en place un système de surveillance de la nappe phréatique se heurte à la pertinence d’un tel contrôle sur des temps très étendus. Comment en effet garantir la pérennité de la surveillance sur un millier d’années quand on ne sait pas quelles seront les formes d’organisation de nos sociétés ? Par ailleurs, quand bien même la contamination serait décelée dans des centaines d’années, il resterait extrêmement difficile d’agir sur des déchets confinés à 500 mètres sous terre.

Sur le plan local, le choix de l’enfouissement suscite l’opposition des neuf communes riveraines, de même que celle de 294 personnes sur les 297 consultées fin 2016 dans le cadre de l’enquête publique conduite auprès de la population. En outre, sur le plan juridique, un arrêté préfectoral de 1997 fixait au stockage des déchets une limite de trente ans, et instituait le principe de réversibilité de l’entreposage. Force est constater aujourd’hui qu’avec un barrage de béton conçu pour durer 1000 ans, la possibilité d’extraire les déchets est fortement compromise. Malgré les textes et l’unanimité des collectivités et des habitants, l’enquête publique a rendu le 26 janvier dernier un avis favorable à l’ensevelissement des déchets sur place des déchets.

Le 13 mars dernier, Yannick Jadot s’est rendu sur les lieux afin d’interpeler la ministre de l’Environnement Ségolène Royal sur les conséquences d’un enfouissement définitif des déchets chimiques endommagés. Si l’entreprise Stocamine argue du coût d’une extraction totale – entre 300 et 380 millions d’euros – ces chiffres sont à mettre en regard avec les coûts potentiels d’une contamination de la nappe phréatique, difficilement calculables. Mais surtout, des experts estiment que si les galeries se dégradent en effet, il est encore possible d’extraire la majorité des déchets, à condition cependant de le faire vite. D’ailleurs, pour accéder aux déchets contenant du mercure – pour l’instant les seuls à faire l’objet d’une extraction – il est nécessaire de brasser les colis placés devant ; il n’est donc pas hors de portée de les acheminer eux aussi vers la surface.

L’enfouissement en couches géologiques profondes, une fausse bonne idée

Ce qui se joue dans le centre de stockage de Stocamine n’est pas sans rappeler le projet Cigéo, à Bure, concernant les déchets nucléaires. Cigéo en effet prévoit d’enfouir les déchets les plus radioactifs de l’industrie nucléaire, pour des centaines de milliers d’années. Au vu de leurs conséquences sur le long terme et de l’absence de réversibilité effective de ces projets, le principe même de l’enfouissement est éminemment questionnable, alors même qu’il est possible de stocker ces déchets en sub-surface et de continuer les recherches en parallèle pour espérer un jour pouvoir les recycler de manière satisfaisante.

Du point de vue de notre responsabilité environnementale vis-à-vis des générations à venir, l’enfouissement constitue un héritage dont les conséquences sont impossibles à prévoir. Surtout, il fige la situation à l’échelle des temps géologiques – dans le cas du nucléaire au moins – alors même que la recherche pourrait dans les décennies à venir permettre des avancées considérables. De fait, prendre aujourd’hui la responsabilité de l’enfouissement de nos déchets sous prétexte que nous ne savons pas comment les retraiter signifie priver les générations futures de la possibilité de les recycler un jour.

Il n’est pas certain que cette décision nous appartienne.

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