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Agriculture : l’avenir au prix d’un nouvel équilibre des rapports de force

Lait Equitable

Sous-jacente depuis plusieurs mois, plusieurs années, la crise de secteurs importants de la production agricole française est actuellement à un niveau très aigu. L’angoisse, la détresse parfois, exprimée par de nombreux agriculteurs nécessite de trouver des solutions durables et porteuses d’avenir, à la hauteur des enjeux et de travail irremplaçable réalisé au quotidien par des femmes et ces hommes aux quatre coins de notre territoire, comme en témoigne chaque année leur présence au salon de l’agriculture.

Le constat est largement partagé : hausse des coûts d’exploitation, baisse des prix payés par les transformateurs et les distributeurs, concurrence européenne et mondiale, surproduction, standardisation des produits… Je l’évoquais d’ailleurs dans un billet du 31 juillet 2015 et dans un autre du 14 septembre 2015 pour donner des clés pour comprendre cette crise agricole. Après une courte amélioration mi-2015, la situation s’est encore dégradée depuis, avec un nouveau repli des prix, qui ne couvrent plus les coûts de production.

C’est la raison pour laquelle la FDSEA et les Jeunes agriculteurs du Doubs ont organisé une réunion il y a une dizaine de jours à Cussey-sur-l’Ognon, où étaient invités autour d’une même table agriculteurs, transformateurs, grande distribution et parlementaires locaux. En effet, hors zone de production AOP, notre région connaît les mêmes difficultés que le reste de l’agriculture dite « standard » du pays. Ce rendez-vous aura permis de rendre concrets ces problèmes et de fournir davantage de transparence dans les relations locales. Toutefois, et au-delà des bonnes pratiques en vigueur dans les territoires pour des approvisionnements régionaux en viande à vif servie dans des rayons boucherie dont les consommateurs se détournent, les enjeux demeurent à un niveau au moins national. En effet, ce sont d’abord et avant tout les grands transformateurs et les centrales d’achat de la grande distribution qui détiennent une part notable de la solution.

Pour une régulation des productions

Les pistes de solutions, justement, elles sont de plusieurs ordres sur le plan français et européen. Je pense d’abord à la limitation des volumes de production. L’abondance actuelle, qui plus est dans un contexte d’embargo russe et de recul des importations vers la Chine, fait mécaniquement chuter les prix. A cet égard, la fin des quotas laitiers depuis le 1er avril 2015, qui avait été actée dans le « paquet lait » au niveau européen sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, est une erreur historique. Tout comme je crois que la course à la compétitivité ne peut pas être une course sans fin. Certes, nous devons collectivement bâtir une agriculture compétitive… jusqu’à un certain point dans la mesure où, au même titre que dans l’industrie, nous ne pourrons jamais avoir des coûts de production aussi faible que dans les pays émergeants ou dans certains pays européens de l’Est où la main d’œuvre est moins chère et les dispositifs moins protecteurs. En cela, je ne suis pas persuadée que les diminutions de cotisations sociales récemment annoncées constituent une réponse de long terme.

En effet, ces baisses privent la MSA (mutualité sociale agricole) de recettes notables qui représentent le revenu différé et solidaire des agriculteurs en cas de maladie, etc. Elles sont aussi une solution ponctuelle qui ne conduit pas à trouver des réponses structurelles pour l’avenir des filières. Enfin, comme ces cotisations sont, la plupart du temps, proportionnelles aux revenus, les baisses n’ont que très peu d’impact pour les agriculteurs qui n’ont déjà pas de quoi se verser un salaire… et représentent, en revanche, des gains importants pour les mieux lotis.

Rééquilibrer les relations commerciales

Il est donc plus urgent que jamais de remettre les agriculteurs au centre du jeu, alors qu’ils ont été écartés des négociations commerciales par la loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008, qui a, au contraire, consacré le rapport de force entre transformateurs et grande distribution. Ces derniers font rarement preuve de transparence et se renvoient respectivement la faute sur la situation actuelle dont les premières victimes sont les agriculteurs puisqu’à aucun moment, de manière sérieuse et obligatoire, ne sont pris en compte les prix à la production. Je souhaite donc vivement que la loi Sapin, qui est annoncée pour les prochains mois, ne se contente pas de quelques ajustements mineurs aux effets de la LME mais soit l’occasion de poser un nouveau cadre législatif équilibré.

Enfin, il est indispensable d’aboutir au plus vite à la publication du décret prévoyant l’étiquetage obligatoire de l’origine des viandes dans l’ensemble des plats préparés. C’est un moyen pertinent de mieux valoriser les productions françaises et de placer également les consommateurs que nous sommes devant nos responsabilités en matière de choix et d’influence sur le type d’agriculture que nous voulons soutenir pour l’avenir, comme c’est le cas pour l’agriculture biologique et les circuits courts dont le développement est encourageant.

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