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Agressions sexuelles à Cologne : on ne renforcera pas les droits des femmes par la xénophobie

Cathédrale De Cologne

Le 31 décembre au soir, la place de la Cathédrale de Cologne a été le théâtre de scènes d’une grande violence, dont la majorité des victimes étaient des femmes. Les centaines de plaintes déposées et les témoignages des victimes ont montré que ces femmes avaient été encerclées par plusieurs hommes désignés comme étant d’origine étrangère, harcelées sexuellement, et violées dans certains cas. Difficile de ne pas être interpelé par l’ampleur et le caractère massif de ces actes.

La volonté de dissimulation initiale pose problème parce que l’on cache des violences faites aux femmes, et si la volonté était de ne pas favoriser de discours xénophobes, c’est l’effet inverse qui a été obtenu.  Le ministre social-démocrate de la justice Heiko Maas a expliqué que selon les statistiques allemandes, les ressortissants allemands se rendaient coupables de délits dans les mêmes proportions que les réfugiés.

Face aux discours qui affirment que l’origine ethnique jouerait un rôle dans la délinquance, il faut rappeler que les statistiques ethniques sont interdites en France, et qu’il n’y a donc pas d’études permettant d’étayer de tels propos. Mais les statistiques portant sur les étrangers, qui elles sont autorisées et existent, ne permettent pas d’établir une prédominance des étrangers dans les faits de délinquance, quels qu’ils soient.

Plus généralement, il faut également rappeler que les violences faites aux femmes sont une réalité tristement banale. Pour exemple en France, 75 000 personnes portent plainte pour viol chaque année, dont 91 % de femmes. 25 % de ces viols sont perpétrés par un parent de la victime, et 74 % par une personne connue de la victime. Le Haut conseil à l’égalité dénombre en France en moyenne 280 cas quotidiens de violence liée au sexe. Ces chiffres permettent de mettre en évidence la banalité de ces violences, généralement peu médiatisées. Cette faible médiatisation participe à renforcer l’effet de masse de ce qu’il s’est passé à Cologne. Sans qu’il soit question de minimiser la violence qui s’y est produite le 31 décembre dernier, il faut considérer que ces faits sont malheureusement plus répandus que l’on ne pense, sans que les migrants soient mis en cause.

Les condamnations nécessaires de ces actes et de leurs auteurs n’ont de sens que si elles évitent la caricature – celle d’un prétendu choc des cultures, celle d’une responsabilité quelconque de l’Islam – au risque sinon de se servir des victimes comme prétexte à plus de violence encore. Il faut au contraire considérer les actes individuels comme des fautes individuelles, car ce sont elles qu’il faut punir et chercher à prévenir.

Les manifestations du mouvement d’extrême droite Pegida (« Patriotes européen contre l’islamisation de l’occident ») au lendemain de la diffusion de ces informations illustre la récupération politique de ces agressions. Car voir l’extrême droite – quel que soit le pays – se faire l’avocate de la cause des femmes a de quoi surprendre quand on connait ses positions sur le droit à l’avortement, sur la contraception ou l’émancipation économique des femmes. L’avancée de l’égalité entre les femmes et les hommes ne doit pas être laissée à l’instrumentalisation par les extrêmes xénophobes, auxquels elle ne doit absolument aucun progrès.

En attendant que l’enquête suive son cours et que la justice soit rendue, ces terribles événements doivent être l’occasion d’aborder publiquement la situation des femmes dans l’espace public, dont la sécurité constitue un enjeu au moins autant juridique que d’éducation. Nous ne rendrons service ni aux victimes de ces violences, ni à l’immense majorité des migrants évidemment innocents, ni à la cohésion nationale en désignant des catégories plutôt que des coupables, et des identités plutôt que des actes.

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