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Accueil des réfugiés : interview de François Gemenne (L’Est républicain)

POLITIQUE - CHERCHEUR À SCIENCES PO PARIS ET SPÉCIALISTE DE L’IMMIGRATION, L’UNIVERSITAIRE BELGE FRANÇOIS GEMENNE DÉBATTRA MERCREDI À BESANÇON DE L’ACCUEIL DES RÉFUGIÉS

Besançon. La députée PS du Doubs Barbara Romagnan organise régulièrement des débats à thèmes. François Gemenne, chercheur à Sciences Po Paris et à l’Université de Liège, spécialiste des flux migratoires, sera son hôte mercredi 30 septembre (Palais des sports de Besançon, salle VIP, 20 h) afin d’évoquer le défi de l’accueil auquel l’Europe est confrontée. « La France a été à la traîne de la plupart de ses voisins et ce manque de solidarité est difficile pour moi à accepter, malgré un contexte délicat », juge l’élue. « L’accueil des réfugiés qui fuient la guerre en Syrie est un impératif humanitaire absolu ». Entretien avec François Gemenne qui partage cette analyse.

Est-il judicieux de parler de « crise des réfugiés » au vu de la diversité des réactions que suscite cette migration ?

C’est en réalité plus une crise politique de l’Europe puisqu’elle démontre l’incapacité des pays membres à la traiter ensemble et à élaborer un projet politique commun en matière d’asile, loin de son idéal. La tragédie est d’abord la conséquence de la fermeture des frontières alors que leur ouverture serait une solution.

Ce n’est pas le ressenti dominant de l’opinion…

En France, le débat sur l’immigration est passionnel et idéologique. Il dénie la raison et le pragmatisme. Les politiques gouvernent en fonction de l’opinion. Or on peut entraîner l’opinion plutôt que la suivre. L’Allemagne, où 96 % des gens ont jugé « courageuse » la position d’Angela Merkel, l’a montré. Le rôle du politique, c’est de convaincre l’opinion et de la transformer. Sinon, on se retrouve dans la position de la France, entre deux chaises, et c’est désastreux.

L’immigration est devenue un sujet électoral, beaucoup assimilent l’arrivée des réfugiés à une « vague » nouvelle, indépendamment des causes de leur exil…

Mais la France accueille très peu de migrants et de réfugiés chaque année ! Elle le fait surtout pour le regroupement familial. Ceux qui parlent de « crise » ou de « vague » entretiennent la confusion entre des parcours, des destins, des histoires qui n’ont rien de comparable. Pour nombre de réfugiés, le pays n’est d’ailleurs plus attractif. C’est là que se situe le motif d’inquiétude véritable.

Sur France 2, le Premier ministre a tenté de rassurer en mêlant fermeté et solidarité. Son propos ne vous a pas convaincu ?

Manuel Valls a annoncé des chiffres très bas pour l’accueil, d’une façon qui se voulait « raisonnable », alors qu’il devrait être au contraire paniqué de constater cette absence d’attractivité de la France !

Le maire LR de Belfort a dit son souhait d’accueillir des réfugiés chrétiens avant de se rétracter et d’affirmer avoir été mal compris. Mais la crainte d’accueillir des migrants n’est-elle pas basée effectivement sur leur appartenance religieuse ?

L’Islam, plus particulièrement la présence de la religion dans l’espace public, pose question en France mais d’une façon irrationnelle. La laïcité est détournée et largement brandie comme un étendard anti-musulman. Je préfère retenir la position des communes qui se sont portées volontaires pour l’accueil et qui ont compris que la solidarité allait de pair avec leur avenir, que cet accueil était un investissement aujourd’hui mais qu’il leur profitera plus tard.

La Région Franche-Comté a voté une aide aux communes de 1 000 € par nouvelle place d’accueil créée. Cela doit vous satisfaire ?

Les réfugiés veulent retrouver au plus vite une vie aussi normale que possible. Il faudra décentraliser leur accueil pour éviter l’apparition de camps et de banlieues ghettos à Paris et le rendre meilleur. C’est la réponse immédiate qui concerne le logement et cette initiative y participe. Ensuite, il faudra assurer leur formation et aider à leur insertion. Les collectivités auront un grand rôle d’accompagnement à jouer dans les prochains mois et années.

Propos recueillis par Jean-Pierre TENOUX

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