La question du contrôle des chômeurs revient régulièrement dans le débat public. S’il s’agit de s’assurer que les indemnités de chômage vont bien aux personnes qui y ont droit et de permettre d’identifier les personnes en perte de confiance en elles, marginalisées, découragées et qui peinent à faire leurs recherches afin qu’elles bénéficient d’un accompagnement renforcé, cela me semble légitime et utile.

De la même façon que je crois qu’il doit y avoir des contreparties aux baisses de cotisations consenties aux entreprises dans le cadre du pacte de responsabilité et que l’effectivité de ces contreparties doit être vérifiée, il me semble que la légitimité des prestations assurantielles suppose qu’elles soient versées aux personnes qui jouent le jeu de la recherche d’emploi. Cette vérification est également une façon de conforter l’acceptation, par les citoyens, du versement des indemnités de chômage. D’ailleurs, le Code du travail le prévoit déjà. Les demandeurs d’emploi sont tenus « d’effectuer des actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer ou de reprendre une entreprise ».

Pourtant, convenons que, notamment de la bouche du ministre du Travail et de l’Emploi, l’expression peut être blessante pour les millions de personnes, et leurs proches, vivant le fléau du chômage et qui ne demandent qu’à pouvoir travailler et gagner dignement les moyens de leur subsistance. En effet, difficile de ne pas entendre sous cette formulation que, d’une part, si les gens sont au chômage, c’est qu’ils ne cherchent pas suffisamment à travailler ; d’autre part, que, en conséquence, les indemnités qu’ils perçoivent sont indues.

Rappelons d’abord que seul un chômeur sur deux est indemnisé, la moitié d’entre eux ayant épuisé leurs droits. Rappelons ensuite – mais comment l’oublier ? – que le chômage ne recule pas d’un pouce depuis des années et atteint des niveaux record que l’on ne peut pas expliquer par une supposée paresse des personnes privées d’emploi. Chacun peut comprendre également que rechercher un emploi dans une société où le chômage est massif et le travail largement précaire, n’a pas le même sens que dans une société où le chômage diminue. Les personnes sont bien conscientes qu’avec un faible niveau de formation, leurs perspectives d’emploi sont plus faibles.

Quand plus de 5 millions de personnes sont au chômage, toutes catégories confondues, et que le nombre de chômeurs de longue durée poursuit son augmentation, on ne peut l’expliquer par un manque d’entrain supposé des chômeurs. La façon dont notre société est organisée fait que certains ne peuvent plus trouver d’emploi dans des conditions qui leur permettent de vivre et d’en vivre. C’est pourquoi je crois urgent de répartir autrement le travail, comme les richesses de façon plus générale.

Barbara Romagnan

Chronique publiée dans L’Humanité du 1er juin 2015